Comme Corinne (1807), Delphine (1802) est une véritable autobiographie. Il s’agit d’un roman épistolaire, à l’instar de La Nouvelle Héloïse.
Ainsi, avec Rousseau et Chateaubriand (René), Mme de Staël prépare la littérature romantique et l’exaltation du moi.
Analyse de Delphine
Delphine d’Adhémar est une jeune veuve honnête mais indifférente à l’opinion qui veut affirmer les droits du cœur. Léonce de Mondoville, qui l’aime est qu’elle aime, est au contraire prisonnier des préjugés sociaux Elle se compromet pour sauver l’honneur d’une amie. Léonce, jaloux, se laisse aveugler par la calomnie et duper par la perfidie de Sophie de Vernon, dont il finit par épouser la fille. Il n'a pas eu le courage de braver le jugement du monde. A la mort de Sophie, il découvre la vérité : l’amour entre Delphine et Léonce reprend. Mais, par principe, il refuse de divorcer. De chagrin, Delphine entre au couvent. Lorsque les lois révolutionnaires la relèvent de ses vœux et que Léonce la retrouve, tout semble possible. Mais il renonce à elle, s’engage dans la guerre civile et finit fusillé comme aristocrate. Delphine s’empoisonne (dans une version ultérieure, elle meurt de langueur). Les conventions sociales l’ont emporté.
Delphine est donc une victime des conventions sociales au-dessus desquelles elle s’est pourtant élevée. Comme Mme de Staël, convaincue que le bonheur de la femme est dans l’amour et que la société, hostile aux femmes éminentes, les condamne à la solitude. Celle-ci écrit dès 1800 dans De la littérature : « S’il existait une femme séduite par la célébrité de l’esprit, et qui voulût chercher à l’obtenir, combien il serait aisé de l’en détourner, s’il en était temps encore ! On lui montrerait à quelle affreuse destinée elle serait prête à se condamner. Examinez l’ordre social, lui dirait-on, et vous verrez bientôt qu’il est tout entier armé contre une femme qui veut s’élever à la hauteur de la réputation des hommes. » D’où sa phrase célèbre :
« La gloire est le deuil éclatant du bonheur. »