Alexandre de Tilly (Le Mans, 1764 – Bruxelles 1816), héritier d’une noble famille fut page de la reine Marie-Antoinette. Il mena une vie fort dissolue, s’adonnant au jeu et aux femmes. Mais, comme le remarque sa tante, il « aurait pu être un homme de bien. » Et, de fait, intelligent et cultivé, il commença à écrire très tôt. Il n’émigra qu’au dernier moment, en août 1792, ayant toujours soutenu la royauté ; il lui restera fidèle à la différence de bon nombre d’émigrés repentis qui sollicitèrent de Napoléon la grâce de leur retour. J’ai trouvé cette constance remarquable dans une époque où l’intérêt privé l’emporte : pour Tilly, c’est une affaire d’honneur, un honneur qui le poussera à se suicider lorsqu’il se verra incapable de rembourser une dette de jeu. On peut lui reprocher, évidemment, de s’être accroché à un mode de vie obsolète et de ne pas vouloir comprendre l’évolution de la société. Mais, et cela est aussi remarquable, certains passages de ses Mémoires témoignent d’une vision fort juste de la situation politique. Il faut dire que, par son statut privilégié, il fréquente l’intelligentsia européenne.
Entreprenant et, en ce sens, moderne, il voyage : Londres, Philadelphie - où il se marie puis divorce -, Hambourg, Dresde, Potsdam – où il devient chambellan du roi de Prusse -, la Belgique enfin, laissant bien de cœurs éplorés...
Personnage contrasté donc, attachant mais imbu de morgue aristocratique, très beau selon les témoignages unanimes de son temps, victime de son tempérament mais aussi des circonstances.