
1/ Un mythe poétique
Le mythe d’Orphée est raconté par les poètes latins Virgile dans les Géorgiques et Ovide dans Les Métamorphoses. La construction du mythe apparaît donc d’abord dans les arts du langage. Les poètes convoquent donc cette figure tutélaire, comme Hugo, Nerval ou Apollinaire qui célèbrent les animaux charmés par Orphée.
Orphée est un poète lyrique : il s’accompagne d’une lyre pour chanter des textes de sa création. La qualité de son chant est telle qu’aucun être, vivant ou non (comme les pierres) ne peut y résister : tous sont fascinés.
Son épouse (Eurydice) ayant été tuée, Orphée décide d’aller dans les Enfers pour la rechercher. Hadès règne sur ce royaume souterrain interdit aux vivants. Orphée le rencontre et l’émeut. Le souverain accepte de laisser partir Eurydice à condition qu’Orphée ne la regarde pas avant qu’ils n’aient tous deux quitté le monde des morts. Mais Orphée se retourne et perd définitivement Eurydice.
Le mythe symbolise l’amour éternel. Le récit montre également que les pouvoirs de la poésie sont illimités : le chant d’Orphée lui permet d’obtenir l’impossible, même des dieux.
2/ Dans les arts visuels
Une stèle conservée au musée du Louvre montre le couple Eurydice-Orphée accompagné du dieu Hermès, qui guide les morts dans les Enfers.
Le musée archéologique de Palerme conserve une mosaïque représentant Orphée assis et tenant sa lyre. Des animaux l’entourent et le regardent. Ils sont sauvages ou domestiqués, mais ils sont tous sous le charme du poète.
Présente en peinture dès la Renaissance, la figure du poète inspire de nombreux peintres, italiens (Del Sellaio au 15e siècle), flamands (Breughel l’Ancien au 16e siècle) ou français (Poussin au 17e siècle).
3/ Au cinéma
Orphée irrigue l’œuvre de Cocteau. Retenons ces deux films : Orphée (1950) et Le Testament d’Orphée (1959). Ils adaptent plus ou moins librement le mythe et montrent la réflexion de Cocteau sur la création poétique et sur le lien entre le monde des morts et celui des vivants.
Orfeu Negro de Marcel Camus se passe à Rio pendant le carnaval. Les éléments essentiels du mythe sont repris et transposés dans cet univers contemporain et urbain. Le film, palme d’or à Cannes en 1959, a permis de découvrir la musique brésilienne, dont certains titre sont devenus des standards.
4/ Dans les spectacles vivants
- Opéra : Monteverdi donne un Orfeo en 1607, considéré comme l’un des premiers opéras de l’histoire de la musique. Gluck écrit Orfeo ed Eurydice en 1762. Offenbach intègre le registre comique avec son opéra-bouffe Orphée aux Enfers (1858).
Note : l’opéra est un art complexe qui fait appel au chant, à la musique, à la comédie. On le désigne parfois par la périphrase « art lyrique » et il ne pouvait que s’intéresser au mythe d’Orphée, poète, chanteur et musicien.
- Danse : le mythe est le sujet d’un ballet chorégraphié par Balanchine, sur une musique de Stravinsky en 1936. Pina Bausch a également repris l’histoire d’Orphée et Eurydice.
En s’emparant de ce mythe (puissance de la poésie, force de l’amour, désir de vaincre la mort), les arts s’interrogent sur leur propre puissance.
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