Mignonne, allons voir si la rose
A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las ! las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
(Odes, I, 17)
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Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle ! »
Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard (1) ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux (2) je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
(Sonnets pour Hélène, II, XLIII)
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Notes
(1) Ronsard a écrit en 1584 : « Qui, au bruit de mon nom ».
(2) A l’ombre (mot masculin) des myrtes, consacrés à Vénus et hantés, selon Virgile par les amoureux.
Remarques
Ronsard est toujours resté fidèle à Horace mais s’est également inspiré de Pindare et d’Anacréon. Épicurien comme Horace, il apprécie les douceurs – et malheurs ? - de l’amour. Les thèmes épicuriens sont ceux de la joie de vivre et de la joie d’aimer certes mais aussi de la fuite du temps et de la mort inexorable. Les chefs-d’œuvre de ce lyrisme se retrouvent dans les Amours de Cassandre, les Amours de Marie et les Sonnets pour Hélène.
A propos de l'épicurisme, sachons ce qui suit. Au fil du temps, l'austère épicurisme antique est devenu un pur hédonisme. Comment l'expliquer ?
Cette doctrine philosophique a pour fondateur le Grec Epicure (341-270 av. J.-C) qui enseigne à Athènes et dont les idées se répandent rapidement dans les pays méditerranéens ; elles sont reprises par le philosophe et poète latin Lucrèce (98-55 av. J.-C.). Epicure enseigne une physique matérialiste, élaborée à partir des atomes de Démocrite : le hasard règne sur un monde qui n'est que matière (les êtres et les choses naissent des rencontres fortuites d'atomes). Les dieux, l'âme immortelle, la Providence, la raison ne sont donc que chimères. Une morale en découle : ce matérialisme doit conduire l'homme à s'affranchir des craintes irrationnelles (comme la peur de l'au-delà) et à trouver la sérénité (ataraxie, délivrance des troubles passionnels). Si le critère du bonheur est bien le plaisir, ce plaisir cependant n'a pas grand chose à voir avec les passions ordinaires. Le sage doit s'écarter des troubles de l'amour, des embarras de la vie politique et goûter en toute liberté des plaisirs modérés (comme l'amitié). Car "Dieu n'est pas à craindre, la mort n'est rien pour nous, le bien est facile à obtenir, la souffrance aisée à supporter." L'épicurisme finit par être compris (à tort) comme un pur hédonisme, une morale se proposant uniquement la recherche du plaisir. La philosophie chrétienne ne peut y voir qu'un dévergondage condamnable de l'esprit et des sens.
- A propos de la Pléiade : ce sont les sept filles d’Atlas (goût de l’Antiquité) transformées en constellations.
- Remarque sur le symbole de la rose : c’est la fleur symbolique la plus employée en Occident et désigne la beauté parfaite. Elle symbolise l’amour pur. Notons qu’Athéna naquit à Rhodes, l’île des roses. Les rosiers étaient consacrés à Athéna et Aphrodite (déesse de l’amour). Chez les Grecs, la rose était une fleur blanche mais lorsqu’Adonis, protégé d’Aphrodite, fut blessé à mort, la déesse courut vers lui, se piqua à une épine et le sang colora les roses qui lui étaient consacrées.