En 1957, Roland Barthes écrit dans Mythologies : « Qu’est-ce qu’un mythe aujourd’hui ? Je donnerai tout de suite une première réponse très simple, qui s’accorde parfaitement avec l’étymologie : le mythe est une parole. »
En effet, le grec mythos, « la parole », concurrence le logos (traduit aussi par « la vérité »). On peut donc sous-entendre que le mythe est une parole trompeuse, qui falsifie la vérité. C’est vrai en partie : le mythe est un discours fictionnel mais qui n’est pas faux. Barthes rappelle que le mythe est détenteur d’une vérité qui s’exprime de façon indirecte, construite sur des images, des analogies et des métaphores. Il faut donc interpréter cette parole.
Le philosophe et l’historien s’appuient sur le logos, les artistes, les orateurs, les prêtres, les hommes politiques sur le mythos, indépendamment de la raison. Le mythe parle à l’imagination et à la sensibilité, il rend sensible un message avant de le rendre intelligible. Le mythe ne demande rien alors que la raison exige du temps, de l’attention, une éducation et une méthode. Le mythe semble donc nécessaire à la transmission de l’universel mais peut se révéler dangereux aux mains des démagogues.
Qui dit image dit simplification du réel et naturalisation de l‘expression. Le mythe donne ainsi l’illusion d’une nature nécessaire, immuable, intangible et parfaite, alors que l’histoire façonne une réalité complexe et mouvante. Le mythe ajoute des certitudes et nous conforte dans une croyance en un temps cyclique, sacralisant ainsi notre rapport aux choses.
Mircea Eliade s’intéresse à cette dimension anthropologique et ethnologique dans son ouvrage Mythes, rêves et mystères : « Étant réel et sacré, le mythe devient exemplaire et par conséquent répétable, car il sert de modèle et conjointement de justification à tous les actes humains. En d’autres termes, un mythe est une histoire vraie qui s’est passée au commencement du Temps et qui sert de modèle au comportement des humains. »
En somme, le mythe est fondateur, il renvoie à une origine sacrée, à une parole imagée et première. Le mythe est archaïque au double sens grec du mot : il commence et commande, d’où sa puissance.
Sources : Sources du paragraphe : Les 100 mythes de la culture générale, Éric Cobats, PUF « Que sais-je », première édition 2010.
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