Le pain est à la base de la nourriture des paysans. Pain de froment (rarement), de seigle, d’orge ou de céréales mélangées (méteil), avec une partie plus ou moins grande de son. Le pain blanc reste un luxe.
Les miches (de couleur sombre), à la pâte plus ou moins bien levée, sont de taille imposante afin d’être conservées le plus longtemps possible : une semaine le plus souvent deux ou trois.
Le pain se consomme donc rassis, ce qui n’est pas gênant, puisqu’il sert à « tremper la soupe ».
Cette soupe mijote longuement dans la cheminée dans un pot de terre posé sur un trépied ou dans une marmite de fonte suspendue à une crémaillère. Elle se compose d’eau, de légumes (choux, fèves, racines, raves, carottes, navets poireaux) et de bulbes (oignons, ail), d’herbes (cives persil, estragon, orties, serpolet, sauge). Aucune viande, sauf éventuellement du porc. Il peut resservir plusieurs fois pour parfumer avant d’être consommé : on le place alors dans une boule percée. Si l’on n’a pas de viande, on tâche d’enrichir la soupe avec de la graisse de porc, de bœuf, de mouton ou d’oie, de lait, de crème, de beurre ou d’huile d’olive (pour les plus riches). On n’ajoute de la viande que les jours de fête, une poule par exemple, lapin ou perdrix (braconnage...). Le braconnage concerne également les poissons de l’étang ou de la rivière.
La volaille est abondante dans les régions ayant adopté le maïs (venu d’Amérique) au siècle précédent : il part du Pays Basque vers 1565 et arrive en Alsace vers 1750 ! Un village par an...
On consomme également des bouillies de mil ou de millet, d’orge, de châtaignes, et de millet (à base de maïs) dans le Sud-Ouest (millat) et la Saône (gaudes), ce qui confère aux habitants de la Bresse le sobriquet de « ventres jaunes ».
En Bretagne, on consomme la farine de sarrasin ou de froment sous forme de crêpes arrosées de beurre fondu.
Dans le Massif Central règnent les châtaignes : grillées, bouillies, séchées et réduites en farine pour les bouillies.
On ne mange du fromage que lorsqu’il est manqué et donc invendable.
Au fil du siècle, on consomme des tomates et des haricots venus d’Amérique dans le Midi qui invente ainsi le cassoulet, plat festif enrichi de graisse d’oie.
À cet égard, rappelons que le haricot de mouton est antérieur au cassoulet et que son nom provient, non pas du féculent, mais du verbe haricoter, qui signifie couper en petits morceaux.
La monotonie des repas (à la belle saison) est rompue par les produits de la cueillette (champignons, fruits, herbes) et du braconnage (gibier, oiseaux et poissons).On dispose aussi parfois de miel.
On mange mieux dans les auberges (voir infra) mais les paysans voyagent peu ou pas du tout. On y sert des potages gras et épicés, des cervelas, andouilles, boudins, saucisses, perdrix rôties, oignons farcis, lapins en sauce, fricassées de poulet, salades, salmigondis, hachis, macarons, biscuits, pois sucrés, noix confites, écorces de citrons. Rien de bien raffiné !
On boit de l’eau ou des piquettes faites à partir de marc (le vin étant gardé pour les grandes occasions ou vendu) ou de fruits. Le cidre se répand dans tout l‘Ouest.
Les vins sont d’horribles piquettes : on boit la rosette, le romény, le muscadet, le beaune, l’irancy, et bien sûr le vin de Suresnes. Le vin bourru est un vin blanc dont on arrête la fermentation, ce qui le rend doux mais d’aspect déplaisant. On boit aussi du chablis, vif et piquant, du vin de Reims pâle et gris. Au printemps, on apprécie le bouquet des vins blancs d’Arbois, le gannetin du Dauphiné, ceux de Touraine et d’Anjou, celui de Canteperdix apprécié par Hortense Mancini, l’une des nièces de Mazarin. Le vin d’Espagne (vin cuit), le muscat et le vin des Canaries sont plus recherchés. On trouve du bon vin de Tonnerre (un Bourgogne quand même) pour des noces populaires à dix sous la pinte : chacun peut vendre son vin, d’où l’expression « vendre à pot ». Mais, pour la famille royale, on vend du vin clairet à quatre-vingt livres le muid. Autres boissons à la mode : l’hypocras, le ratafia, le rossoli. Également de la bière anglaise surnommée godalle (good ale).
Et pourtant, c’est au 17e siècle que la France commence d’acquérir, auprès de l’élite européenne, sa réputation d’aujourd’hui, la gastronomie, née du prestige du pouvoir central : la cour se distingue du commun des mortels et la table de Louis XIV en est un moyen parmi d’autres, d’autant que le roi est un grand boulimique devant l’Éternel !
Sources : Dictionnaire du Grand Siècle, François Bluche, Fayard, nouvelle édition 2005, Article de Jean-Rober Pitte, professeur à l’université de Paris-Sorbonne.