Voilà un florilège des admirateurs de Julie qui sont nombreux, non pas tant pour sa beauté que pour son esprit et son intelligence.
* « On n'approche pas de son âme sans se sentir attiré. Est-on dans cet état de langueur qui est la situation habituelle de tous les gens du monde quand ils n'ont ni peine, ni plaisir, on en sort bientôt auprès d'elle. Elle échauffe les imaginations et enflamme les âmes. Elle sait que le secret de plaire est de s'oublier pour s'occuper des autres, et elle s'oublie sans cesse. Son grand art est de mettre en valeur l'esprit des autres, et elle en jouit plus que de montrer le sien. » (Marquis de Guibert - son grand amour -, Éloge d'Élisa).
* « Rien n'est plus vrai. Elle sait dire à chacun ce qui lui convient, et cet art quoique peu commun, est pourtant bien simple chez elle, il consiste à ne jamais parler de vous aux autres et beaucoup d'eux. En somme, elle est l'âme de la conversation, et n'en fait jamais l'objet. » (D'Alembert, qui l'aima désespérément, in Portrait de Mlle de Lespinasse).
* « Est-il quelque sentiment exquis, quelque rare vertu qui honorent l'humanité et qui ne soient pas dans son cœur ? » (Guibert)
* « C'est en effet un caractère ardent et noble. Personne ne peut rester insensible au rayonnement de sa pensée, à son naturel incomparable. » (Abbé Morellet, Mémoires).
* « Naturelle ! personne ne l'est autant qu'elle. Le tact ! Voilà ce qu'elle possède au suprême degré. Jamais elle ne se méprend, jamais elle ne confond, jamais elle ne dit quelque chose de sensible à qui ne peut pas la sentir, et n'exprime une pensée fine à qui ne peut l'entendre. Sa conversation n'est jamais au-dessus ou au-dessous de ceux à qui elle parle. Elle semble avoir le secret de tous les caractères, la mesure et la nuance de tous les esprits. » (Guibert).
* « Elle inspire tant de confiance qu'il n'y a personne qui, au bout de quinze jours de connaissance, ne soit prêt à lui raconter l'histoire de sa vie. Aussi personne n'a jamais eu autant d'amis et chacun d'eux en est aimé comme s'il était le seul à l'être. » (La Harpe, Correspondance littéraire).
* « Il est curieux de voir que les gens qu'elle a pris çà et là dans le monde sont si bien assortis qu'ils se trouvent comme les cordes d'un instrument montées par une habile main. En suivant la comparaison, je pourrais dire qu'elle joue de cet instrument avec un art qui tient du génie ; elle semble savoir quel son rend la note qu'elle va toucher ; je veux dire que nos esprits et nos caractères lui sont si bien connus que pour les mettre en jeu elle n'a qu'un mot à dire. Son talent de jeter en avant la pensée et de la donner à débattre, son talent de discuter elle-même et de varier l'entretien, toujours avec l'aisance et la facilité d'une fée qui, d'un coup de baguette, change à son gré la scène de ses enchantements, ce talent, dis-je, n'est pas d'une femme vulgaire. » (Marmontel).
* « Il est vrai que la conversation de Julie n'a jamais ces instants de langueur et ces lacunes d'intérêt qu'on trouve parfois dans les livres les mieux écrits. Ce n'est pas tant ce qu'elle dit, car il est vrai qu'elle dit le plus souvent des choses simples. Elle ne dit jamais rien d'une manière commune, et cet art qui semble n'en être pas un chez elle ne se fait jamais sentir, et ne la fait jamais tomber dans la recherche et l'affectation. La prétention, de quelque espèce qu'elle soit, lui est antipathique. Elle ne peut supporter ce qui sent l'effort et l'apprêt. Elle préfère le rude et l'ébauché à ce qui est trop gracieux et trop fini. » (Guibert).
* « Je dirais qu'elle attache un peu trop de prix justement à ce qui est gracieux et élégant, et qu'elle pousse un peu loin son goût de la simplicité élégante. J'en ai été témoin la semaine dernière chez Mme Geoffrin. Mlle de Lespinasse, comme vous le savez, avait un vif désir de rencontrer Buffon, et la reine mère qui s'était chargée de lui procurer ce bonheur avait engagé Buffon à venir passer la soirée chez elle. Voilà Mlle de Lespinasse aux anges, se promettant bien d'observer cet homme célèbre et de rien perdre de ce qui sortirait de sa bouche. La conversation ayant commencé de la part de Mlle de Lespinasse par des compliments flatteurs et fins, comme elle sait les faire, on vient à parler de l'art d'écrire, et quelqu'un remarque avec éloge combien M. Buffon avait su réunir la clarté à l'élévation du style, réunion difficile et rare. « Oh, diable, dit M. de Buffon, la tête haute, les yeux à demi fermés et avec un air moitié niais, moitié inspiré, oh, diable ! quand il est question de clarifier son style, c'est une autre paire de manches. » A cette comparaison de vues, Mlle de Lespinasse qui se trouble, sa physionomie s'altère, elle se renverse sur son fauteuil répétant entre ses dents : « Une autre paire de manches ! Clarifier son style ! » Elle n'en revint pas de toute la soirée. » (Abbé Morellet).
* « Seul petit travers de la plus charmante des créatures. S'il faut absolument lui trouver un défaut, j'admets celui-là. Elle peut, à la vérité, être impitoyable jusqu'à la minutie sur ce point particulier. Elle n'aime que le mot juste parce qu'elle-même a toujours le mot fort et juste. Elle est toujours vraie, et c'est en cela que réside son irrésistible séduction. » (D'Alembert).
* « Ce qui m'a toujours frappé, c'est le rapport, si je puis m'exprimer ainsi, l'harmonie entre ses pensées et ses expressions. Est-elle animée par son esprit ou par son cœur, ses mouvements, son visage, tout, jusqu'au son de sa voix, forme un accord parfait avec ses paroles. C'est par ce défaut que la conversation de tant de gens est sans chaleur et sans effet. Ils n'ont jamais ni l'expression ni l'accent de ce qu'ils disent. Ils se battent les flancs pour s'animer, et leur voix monotone trahit leur froideur. Leur esprit leur fournit quelquefois des choses sensibles mais leur visage est en contresens avec elles. Quelquefois par adresse ou par hasard, ils ont une inflexion juste ; mais cette inflexion perd bientôt tout son prix, parce que, l'instant d'après, ils l'appliquent à une pensée, pour laquelle elle n'était pas faite. Que me fait le sourire aimable, le regard touchant de certaines femmes ? ce charme ne les quitte jamais ; il est de tous les temps, de tous les lieux ; elles l'emploient avec un sot et un fou ; dès lors, ce charme n'en est plus un pour moi. » (Guibert).
* « En somme, elle nous inspire l'innocent désir de lui plaire. » (Grimm).
* « Parce qu'elle a l'âme la plus ardente, et l'imagination la plus inflammable qui ait existé depuis Sapho, et que le feu circule dans ses veines. » (Marmontel).
* « Bientôt Mlle de Lespinasse rassembla la société la plus choisie et la plus agréable en tout genre. Depuis cinq heures du soir jusqu'à dix, on était sûr d'y trouver l'élite de tous les états, hommes de cour, hommes de lettres, ambassadeurs, seigneurs étrangers, femmes de qualité ; c'était un titre de considération d'être reçu dans cette société. Mlle de Lespinasse en faisait le principal agrément. Je l'ai beaucoup vue sans être intimement liée avec elle. Je puis dire que je n'ai point connu de femme qui eût plus d'esprit naturel, moins d'envie d'en montrer, et plus de talent pour faire valoir celui des autres. Personne non plus ne savait mieux faire les honneurs de sa maison ; elle mettait tout son monde à sa place, et chacun était content de la sienne. Elle avait un grand usage du monde, et l'espèce de politesse la plus aimable, celle qui a le ton de l'intérêt." (La Harpe, Correspondance littéraire).