Louise François de La Baume Le Blanc de La Vallière, née en 1644, devient fille d’honneur d’Henriette d’Angleterre en 1661 et maîtresse du roi en 1667.
On l'a vu, Louis XIV est amoureux de sa belle-sœur, Henriette. Anne d'Autriche, sa mère, organise un leurre : pour la Cour, il faut qu'il fasse semblant d'aimer quelqu'un d'autre. Ce sera donc Louis de La Vallière. Pierre Gaxotte écrit à ce propos dans son Louis XIV (Flammarion, 1974) : « Lorsqu’il lui eut parlé selon ses conventions avec Madame, il éprouva la sensation de se sentir aimé sans calcul, sans ambition, sans politique, pour lui-même. Ce fut un éblouissement [...]. A la tendresse naïve qu'il n'avait jamais rencontrée, il répondit par le don passionné de son cœur. »
Elle est la première favorite officielle. Elle s’en va chasser avec une cravate qui flotte au vent, la fameuse « lavallière », et Louis XIV galope à ses trousses… C’est une blonde ingénue, dont la voix « allait droit au cœur » (selon Mme de Caylus, amie de Mme de Maintenon), mince – on la trouve maigre – et quelque peu simplette aux yeux de ces dames de la cour, férocement jalouses. En plus, elle boite, quelle hérésie ! Louis n’en a cure, il est amoureux. On n’avait qu’à lui laisser aimer sa belle-sœur, Henriette d'Angleterre !
Ils se cachent dans les bois de Versailles. Le château est encore en plein travaux – ils dureront cinquante ans ! -. Et puis ne se cachent plus du tout. Elle se résigne à porter les bâtards du roi, aux yeux de tous. Elle n’est pas mariée, chose rare en ces temps hypocrites.
Pour elle, il fait bâtir la grotte de Téthys. La grotte de Téthys, détruite en 1684 (édification de l’aile du Nord), est l’un des éléments du mythe apollonien de Versailles. Son thème en était le repos du Soleil auprès de Téthys au fond de l’océan, au crépuscule. Elle était constituée de trois arcades fermées par une grille décorée du masque d’Apollon. La première arcade abritait Apollon entouré des nymphes de Téthys, les arcades latérales abritaient les chevaux du Soleil soignés par les Tritons. Pour elle aussi, il fait donner à Versailles, le 5 mai 1664, une fête qui dure une semaine, « Les Plaisirs de l’île enchantée », qui restera longtemps dans les mémoires.
Mais Louise est pieuse, voire dévote, et redoute les flammes de l’enfer que Bossuet crache le dimanche du haut de sa chaire. Ses nombreuses grossesses l’ont affaiblie. Sa langueur séduisante devient noire mélancolie, sa beauté s’enfuit et Louis XIV s’ennuie. Les cancans de la cour sont cruels. On la décrit « maigre, décharnée, les joues cousues, la bouche et les dents laides, le bout du nez gros et le visage fort long. » Elle sait que Louis la trompe déjà avec la belle Athénaïs de Mortemart, future madame de Montespan, son amie : c’est elle qui l’a introduite à la cour en 1666. Des années plus tard, celle-ci subira le même outrage avec la veuve Scarron, devenue Mme de Maintenon...
Mais elle l’aime et accepte durant de longs mois leur liaison secrète, servant de paravent et subissant toutes les avanies. Elle s’enferme finalement chez les carmélites en 1674, à l’âge de 30 ans, sous le nom de Sœur Louise de la Miséricorde.
Le 2 juin 1674, elle aurait écrit ce poème :
« Vous savez trop qu'en vous je n'aimais que vous-même
À cet amour éteint j'ai dû sacrifier
Tout... jusqu'à la vertu, vous l'avez surmontée
Le remords seul m'en reste et vous m'avez quittée
[...]
Puis-je dans ces moments me cacher à moi-même
Qu'en me donnant à Dieu, c'est encore vous que j'aime. »
(Source inconnue)
Bossuet prononce le sermon pour sa prise de voile définitive le 3 juin 1675. Elle est bien accueillie par la prieure, la mère Agnès de Jésus-Marie (1611-1691), tante des maréchaux de Bellefonds et de Villars, femme de lettres qui correspond régulièrement avec le chancelier Le Tellier et avec Bossuet, et dont la correspondance est considérée comme un « trésor de sagesse et de bon sens. » Louise de La Vallière meurt en 1710. Selon Saint-Simon (Mémoires), le roi aurait alors déclaré : « Elle est morte pour moi du jour de son entrée aux Carmélites. »
Saint-Simon écrira à son sujet dans ses Mémoires : « Heureux le roi s'il n'eut que des maîtresses semblables à La Vallière. »
* * *