Teresa [1] Cabarrus est née à Madrid le 31 juillet 1773. Fille de banquier, elle est arrêtée à Bordeaux en 1793 en vertu de la loi des suspects, puis relâchée. Jean-Lambert Tallien [2], en mission à Bordeaux d'octobre 1793 à mars 1794, mène un train de vie fastueux, s'affiche avec elle et leur liaison fait scandale [3]. À Paris elle est de nouveau arrêtée par ordre du Comité du salut public. Après la chute de Robespierre, à laquelle Tallien prend une part très active [4] elle devient Notre Dame de Thermidor. Avec son amie Joséphine de Beauharnais, elle fait partie de ces « Merveilleuses » du Directoire aux robes transparentes et aux mœurs légères. Elle épouse Tallien, prend comme amants Barras puis Ouvrard, et demande le divorce. Le coup d'État de Brumaire met fin à sa carrière. Remariée avec un jeune comte, elle aura onze enfants et deviendra une bonne mère de famille. Elle meurt en 1835.
Thérèse Tallien est l’une des beautés de son temps, grande, brune, avec des yeux de jais. Elle conduit elle-même son élégante petite calèche, s’exerçant pour les courses qui vont bientôt reprendre au Bois [5]. Elle se parfume à l’huile de néroli, parfum exotique et oriental et lance la mode des perruques blondes à bouclettes. Ces perruques, en cheveux véritables sont relativement bon marché [6] la pièce car fabriquées avec les cheveux des guillotinées… Hortense de Beauharnais, très comme il faut, ne l’aime pas en raison de ses mœurs trop légères.
Dans les Mémoires d'une femme de qualité sur le Consulat et l'Empire (apocryphes), on note cette description de Mme Tallien : « Ce fut elle qui parut la première vêtue à la grecque, en tunique, sans manches, de mousseline des Indes par-dessus une chemise de toile des Flandres qui était plutôt par sa finesse une vapeur qu'un tissu matériel. Elle avait les bras nus, de manière à les laisser voir jusqu'à leur attache au buste ; ses jambes se laissaient aussi voir jusqu'aux genoux. Des bracelets, des bagues ornaient cette nudité presque complète ; ses sandales antiques étaient nouées avec des cordons d'or et de soie, et agrafées par un bijou précieux. Ce costume, qui ne laissait rien à désirer, fut celui de l'époque du Directoire ; la gravité de Napoléon ne tarda pas à le faire disparaître ; son premier soin en devenant premier consul fut de déclarer qu'il chasserait honteusement des Tuileries quiconque y paraîtrait avec un vêtement immodeste. »
Fine mouche, elle suggère à Bonaparte, fiancée à Désirée Clary, d’épouser Joséphine qui écrit ceci à Bonaparte : « Venez demain, septidi, déjeuner avec moi. J’ai besoin de vous voir et de causer avec vous sur vos intérêts. » Sur les siens aussi, peut-être… La lettre suivante, adressée à une amie, est plus précise : « On veut que je me remarie. Vous avez vu chez moi le général. L’aimez-vous, allez-vous me demander. Mais non ! Je me trouve dans un état de tiédeur sui me déplait. » Mais ses dettes sont criardes et le petit général semble avoir de l’étoffe… La pauvre Désirée pleure dans son mouchoir. Que peut-elle contre l'ambition, l'arrivisme et le vice de ces dames ? Rose de Beauharnais épouse Bonaparte le 9 mars 1796 et devient Joséphine Bonaparte, se rajeunissant au passage de quelues années.
Voici une lettre de Thérèse à Joséphine alors en Italie à coté de Napoléon [ils se sont installés à Mombello pour l'été], datée du 15 mai 1797 :
La Chaumière [7]
Ma chérie,
« Tu es dans le pays de l’Antiquité, tant mieux pour toi car la situation à Paris est devenue ennuyeuse Les élections ont été un désastre. Les royalistes se sont assurés le contrôle des conseils législatifs : le général Pichegru dont chacun sait qu’il est à la solde du Prétendant, a même été élu président des Cinq-Cents. J’étais à un dîner l’autre soir où des invités parlaient ouvertement de faire monter le Prétendant sur le trône. Les agents des royalistes, dont on dit qu’ils pullulent à Paris, distribuent l’or à tout va. La vie à la maison n’est pas moins ennuyeuse : c’est également un désastre. J’ai été folle d’accepter la réconciliation avec Tallien. Je l’aime passionnément, tu le sais, mais je ne puis supporter ses beuveries, ses aventures et ses crises de jalousie. Et maintenant, il est trop tard, hélas. Toutes les Parisiennes, semble-t-il, se retrouvent dans une situation intéressante, moi-même d’ailleurs... Ta très chère amie qui t’aime (et qui désespère parfois) ».
Thérèse.
J’ai appris que ton amie Aimée [8] n’était plus. Reçois toute ma sympathie, ma chérie.
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Notes
[1] Ou Theresa.
[2] Né à Paris le 23 janvier 1767.
[3] Elle vient de divorcer de M. de Fontenay.
[4] Il est l'artisan du complot du 9 Thermidor.
[5] Le bois de Boulogne.
[6] 20 francs la pièce.
[7] Thérèse habite d’abord à « La Chaumière » puis déménage en février 1799 rue de Babylone dans une splendide demeure, don de Barras. Elle dispose de onze domestiques.
[8] Aimée était l’amie créole de Rose, avec qui elle partageait un hôtel particulier à Paris avant d’être emprisonnée en sa compagnie aux Carmes.