Le titre de ce paragraphe est à peine exagéré et confirme ce qui précède.
* Dans son ouvrage Le Livre des sens (Grasset, 1991) Diane Ackerman nous dit que les Françaises mangeaient parfois des tablettes d'arsenic pour faire paraître leur peau plus blanche ; l'empoisonnement de l'hémoglobine leur donnait une fragile pâleur lunaire. Quant aux rouges, ils contenaient souvent des métaux dangereux comme le plomb et le mercure et, quand on s'en servait pour les lèvres, passaient directement dans le sang.
* Chantal Thomas, dans La Reine scélérate, écrit :
« À notre époque de bon goût, de « charme discret de la bourgeoisie », d'un engouement pour les gris, les beiges et les roses, il est difficile d'imaginer le XVIIIe, où les couleurs éclatent, à peu près comme il nous est difficile d'imaginer les temples de l'Antiquité peints de rouge, de bleu ou de jaune. Et pourtant…
L'orgueil aristocratique va alors de pair avec l'idée d'une dépense et d'une présence ostensibles. Le maquillage (et donc le rouge), comme la parure, sont des signes extérieurs de puissance. À Versailles, le rouge est donc plus « rouge » que partout ailleurs. « Les princesses le portent très vif et très haut en couleur, et elles exigent que le rouge des femmes présentées soit le jour de la présentation plus accentué qu'à l'ordinaire. » (Goncourt, La Femme au XVIIIe siècle).
Marie-Antoinette, dans une lettre à sa mère, s'étonne sur « le rouge que les personnes âgées conservent ici, et souvent même un peu plus fort que les jeunes. Sur tout le reste, ajoute-t-elle, après 45 ans, on porte des couleurs moins vives et moins voyantes, les robes ont des formes moins ajustées et moins légères, les cheveux sont moins frisés et la coiffure moins élevée. » (Correspondance)
Chantal Thomas considère que « le passage des siècles, pour les gens comme pour les monuments, se traduit par une décoloration. Cet effacement progressif, ce polissage des couleurs criantes, s'enregistre aussi bien dans l'évolution de la langue française qui, perdant de jour en jour de sa matérialité, oublie en chaque terme son sens concret au bénéfice de son sens abstrait. »
* Voici enfin l'analyse de Nicole Avril dans Le Roman du visage (Plon, 2000) :
« À la Régence, la fête commence ! Dans les délires d'une sensualité mise au goût du jour, le feu monte aux joues et le fard est roi.
On ne met pas seulement du rouge pour relever un teint brouillé par les excès de la table et de l'alcôve. On rajoute une bonne dose d'incarnat… Plus on monte dans la hiérarchie, plus le rouge est vif. La bourgeoisie n'ose encore qu'un rose léger, tandis que tous les carmins explosent à Versailles. Madame Henriette, fille de Louis XV, exige des courtisans et des visiteurs, hommes et femmes, un fard épais jusqu’à la lisière des cils et du grenat sur les pommettes. Le garance semble réservé aux courtisanes, et peut-être aux comédiennes.
Dans le sommeil, le naturel ne saurait reprendre subrepticement possession des lieux. Le fard sévit encore, même si les femmes se contentent d'un « demi-rouge » pour dormir. Dès le réveil, tout le monde se déplace avec son coffret à maquillage : couleurs, miroirs et pinceaux. On n'hésite pas à rajouter une couche en public. »
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