
Clef de voûte de la parure, la coiffure est la première préoccupation des dames. Comme les robes, elles changent sans cesse.
En 1774, la mort de Louis XV et le deuil de la cour diminuent la mode du fameux « pouf au sentiment », coiffure où l'on introduit les personnes ou les objets préférés, par exemple le portrait de sa fille pour une mère, d'une mère pour sa fille, de son serin ou de son chien, tout cela garni des cheveux de son père ou d'un ami de son père ou d'un ami de cœur. La baronne d'Oberkirch - provinciale, protestante et réservée - affirme avec un certain bon sens que cette mode est d'une « incroyable extravagance ».
En 1775, c'est la folie des plumes au chapeau, concurrencées par les gazes et les fleurs. Les constructions deviennent si hautes « que les femmes ne trouvaient plus de voitures assez élevées pour s'y placer et qu'on leur voyait souvent pencher la tête ou la placer à la portière. D'autres prirent le parti de s'agenouiller pour ménager, d'une manière encore plus sûre, le ridicule édifice dont elles étaient surchargées » nous dit Mme Campan dans ses Mémoires. Elle poursuit : « Si l’usage de ces plumes et de ces coiffures extravagantes se fût prolongé [...], il aurait opéré une révolution dans l’architecture. On eût senti la nécessité de hausser les portes et le plafond des loges de spectacle et surtout l’impériale des voitures. »
En 1778, c'est la coiffure « à la Belle Poule » (avec gréements, cordages et frégate miniature) du nom du vaisseau lancé par Louis XVI. Ainsi, pour se faire connaître sans prendre la peine de s’annoncer, la femme d‘un amiral porte sur la tête un Océan en miniature avec une flotte microscopique...
La mode de ces coiffures parlantes est due en partie à Rose Bertin, en partie au coiffeur attitré de Marie-Antoinette, Léonard : elles font allusion à l’actualité, au succès d’une pièce ou d’une chanson. La collection formerait une véritable gazette capillaire du 18e siècle. On voit donc paraître et disparaître la coiffure à l’Iphigénie (en l’honneur de l’opéra de Gluck mis à la mode par sa compatriote Marie-Antoinette), le pouf à l’Inoculation (pour célébrer la vaccine), la coiffure à la Montgolfier (contemporaine des premiers lancements de ballons), les coiffures à la Boston, à la Philadelphie et aux Insurgents (à la gloire de l’Indépendance américaine).
En 1780, c'est une « révolution dans le système des coiffures » annonce Grimm dans sa Correspondance littéraire : « Les longues épingles nécessaires pour étayer ces hautes fabriques de cheveux qui ont été si longtemps à la mode semblent désormais dangereuses. Toute cette ferraille ne va-t-elle pas, les jours d'orage, attirer la foudre ? » Serait-ce de l'humour ?
En 1781, cette fameuse révolution est accomplie : dans l'attente du dauphin, Marie-Antoinette a perdu beaucoup de cheveux et il convient de le dissimuler. La reine adopte une coiffure « à l'enfant », plutôt basse et simple.
En 1782, la folie revient. La baronne d'Oberkirch essaie « une chose fort à la mode mais assez gênante : de petite bouteilles plates et courbées dans la forme de la tête, contenant un peu d'eau pour y tremper la queue des fleurs naturelles et les entretenir fraîches dans la coiffure. »
En 1783, le compte de Vaublanc qui débarque des Antilles et aime le négligé créole est épouvanté de voir « des cheveux bien crêpés, bien roides, bien graissés et bien poudrés. Tout est maintenu par des broches de fer qui salissent le cou des belles. Appuyées sur ces bastions, de grandes épingles s'élèvent et soutiennent un coussin de taffetas noir. À son tour, le coussin, grâce à des dizaines d'autres broches, supporte des fleurs, des rubans, des fausses nattes et des boudins en cheveux. Derrière, d'autres cheveux se nouent en un chignon énorme qui fait peur à tous les meubles. Entre le coussin et les cheveux on fourre habituellement de grandes cocardes de crêpe ou de taffetas. »
En 1784, fleurit la mode éphémère du catogan, emprunté aux hommes (une queue derrière la tête retenue par un ruban) ; on leur emprunte aussi le petit chapeau et le plumet, féminisant le tout par des tresses latérales qu'on appelle cadenettes.
Notons que dans la seconde moitié de son règne, Marie-Antoinette s'adapte à ce qu'elle croit être l'âge mûr, délaisse la couleur rose, les fleurs et les parures compliquées. Mais ne croyons pas trop Mme Campan qui assure que « sa coiffure se bornait à un chapeau : les plus simples étaient préférés. » Simples mais chers...
Sources : Les Français au temps de Louis XVI, François Bluche, Hachette Littérature, 1980.