En 1796, Mme de Genlis séjourne à Berlin.
« ... Le premier mois de mon séjour à Berlin fut un véritable enchantement pour moi ; je revis toutes mes connaissances et tous mes amis (1), qui me témoignèrent encore plus d’empressement qu’au premier voyage : chacun s’occupa de mon amusement, on me mena au spectacle, on me fait faire des parties charmantes dans les environs.
Nous allâmes jusqu’à Sans-Souci (2), où j’allai recueillir une quantité de souvenirs du Grand Frédéric ; et en parcourant ces appartements, dont on avait respecté les meubles et toutes les vieilleries, je me confirmai dans l’idée que j’avais depuis longtemps, que les aperçus et les réflexions prétendues philosophiques de certains auteurs [...] ne sont en général que des niaiseries et des faussetés.
M. de Volney, dans un de ses ouvrages, dit que, pour juger parfaitement du caractères, des inclinations, du genre d’esprit, d’un homme qui n’existe plus, dont il n’aurait jamais entendu parler, avec lequel il n’aurait jamais eu le moindre rapport, il lui suffirait de se trouver à son inventaire et d’examiner avec une intention philosophique ses meubles, ses habits, ses bijoux, ses livres, etc. ; parce que toutes ces choses, par leur solidité ou leur frivolité, lui donneraient une idée complète du personnage.
Ainsi donc, si l’on eût transporté M. de Volney, ce profond penseur, dans les appartements du grand Frédéric, comme il n’y aurait vu que des meubles et des draperies couleur de rose et argent, que des gravures et des tableaux mythologiques, et une collection de tous les bijoux les plus fragiles, et de tous les colifichets des boutiques françaises, comme il aurait trouvé dans la bibliothèque un nombre infini d’ouvrages licencieux et de poésies frivoles, il aurait certainement pensé que le défunt, dont nous supposons qu’il aurait ignoré le nom, était un jeune sybarite entièrement dépourvu de mérite et d’esprit ; et cependant ce prétendu sybarite était un vieux guerrier, le plus grand capitaine de son temps, le roi le plus vigilant, le plus laborieux, et qui, au milieu de ses draperies couleur de rose, couchait toujours avec ses bottes... »
Frédéric II possédait en effet des goûts très raffinés en matière de décoration, ce qui ne nuisait en rien à ses qualités guerrières. Et M. de Volney se trompe...
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Notes
(1) Londres, Hambourg et Berlin accueillirent de nombreux émigrés français.
(2) Résidence de Frédéric II à Potsdam
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