Opinion de Jean-Marie Rouart sur Casanova dans l’ouvrage
Ces amis qui enchantent la vie (Laffont, 2015, pp. 52 à 54)
Extrait
« Le vieux Casanova, bibliothécaire du château de Dux, ne prend la plume que parce que le temps des plaisirs est fini. Après l’ère des conquêtes, voici l’ère des reconquêtes par le souvenir. Casanova, personnage triomphant et pathétique, agaçant et sympathique, c’est le mémorialiste devenu à son tour personnage de roman. Un type littéraire comme don Juan ou Tartuffe… Quand on lit ses mémoires, qui galopent à travers le 18e siècle, il est bien difficile de ne pas s’enthousiasmer. Très vite, c’est moins le séducteur que l’on suit dans ses alcôves que l’aventurier, l’homme toujours en mouvement, amoureux de tous les plaisirs de la vie et de ce plaisir qu’il a placé plus haut que tout : l’amour de la liberté... Il a rejoint le personnage imaginaire de don Juan. Mais si le Sévillan a un compte à régler avec Dieu, le Vénitien n’a pas d’arrière-pensée métaphysique : le physique lui suffit... Si Casanova est devenu un mythe, celui de l’Aventurier, c’est peut-être aussi parce qu’il préfigure la fin des privilèges de la naissance. En plein 18e siècle, il apporte la preuve qu’on peut, avec de l’intelligence, de l’entregent, du culot, une belle taille et une virilité sans faiblesse, vivre sur un pied princier et faire la nique aux aristocrates qui avec leurs apanages s’amusent moins que lui. Il est le prototype de l’homme nouveau qui doit tout à son mérite personnel. »
_ _ _ Fin de citation