1/ Le peuple
Durant la première moitié du siècle, les vêtements de la classe ouvrière et agricole sont en toile de chanvre ou fil de lin. On utilise la toile pour le linge, les chemises, les draps et les matelas, le fil pour les blouses, vestes ou pantalons. Une aune de chanvre (0,85m) coûte de 17 sols à 1 livre, une aune de fil de 1 à 5 livres.
À Rouen, même dans les classes ouvrières, on utilise le drap (Louviers, Elbeuf, Andelys, Rouen, Darnétal, Aumale) ainsi que le droguet (étoffe de laine grossière), les brocatelles (mélange de fil et de laine), des tontures de laine appliquées avec de la colle sur des toiles ou des coutils, la bure (pour les très pauvres), la tirelaine (Gisors), le froc (laine grossière). Le drap de Vire est à 6 fr. (bon marché). Les draps les plus chers sont fabriqués aux Andelys : 20 livres l’aune (Louviers 19 livres, Elbeuf 15 livres). La serge d’Aumale coûte 30 livres, l'étamine 80 livres et le drap vigogne de Louviers 110 livres l’aune.
On note un grand luxe de linge (en quantité) dès la moitié du siècle, même chez les bourgeois, agrémenté de dentelles, broderies et rubans. L'usage du velours (encore plus cher que le drap) augmente à partir de 1740.
2/ Les nobles
L'inventaire après décès en 1705 de la garde-robe de Mme de Pontcarré, de noblesse normande, nous est fort utile. Le voici :
* 75 livres pour 12 chemises de nuit en toile neuve, unies
* un habit complet consistant en un manteau et une jupe de brocart d’or et d’argent, dont le fond est couleur de fer, le manteau doublé de taffetas rouge et la jupe de damas = 800 livres
* un autre habit composé d’un manteau et d’une jupe de damas couleur de rose à fleurs d’argent, doublé de taffetas vert = 250 livres
* un jupon de damas vert à fleurs d’or, bordé d’un galon d’or, et un autre jupon de damas blanc à fleurs d’or et aussi bordé d’un galon d’or. Une robe de chambre de damas cramoisi, à fleurs d’or, doublée de taffetas de même couleur = 200 livres
* autre habit, manteau et jupe de damas à fleurs d’or, doublé de taffetas couleur de fer = 150 livres
* manteau de taffetas blanc des Indes garni d’un galon d’argent, une jupe noire de ras de Saint-Maur chamarrée d’argent, avec une jupe de velours noir garnie d’un grand galon et d’un petit bordé d’or = 250 livres
* robe de chambre, jupe, manteau = 120 livres
* jupon avec galon d’argent = 60 livres
* robe de chambre, jupe, manteau = 70 livres
* autre habit noir de ras de Saint-Maur composé d’un manteau, de la jupe et d’un jupon noir = 100 livres
* 3 petits manteaux de lit de satin avec une robe de chambre de ras de Saint-Maur noir, un jupon de damas couleur de rose garni d’une frange d’argent = 60 livres
* un autre jupon = 10 livres
* un habit de chasse composé d’un justaucorps et d’une jupe écarlate garnie de galon, plaques et boutonnières d’argent, d’une petite veste de moire d’argent, un chapeau de castor bordé d’argent, avec un plumet blanc et un caleçon de chamois = 250 livres
* 5 paires de bas de soie = 40 livres
* jupes = 50 livres
* 6 écharpes de ras de Saint-Maur, de gaze noire, de taffetas = 200 livres
* chemises, jupons, manchettes, mouchoirs = 300 livres
* couettes de nuit à dentelles, tours de gorge = 220 livres
* garniture de linon et manches = 40 livres
* garniture de point d’Angleterre et manchettes = 420 livres
* garniture de dentelles de Malines avec les engageantes et le tour de gorge, et une autre garniture de mignonnette à réseau avec les engageantes et le tour de gorge = 100 livres
* autres garnitures et jardinières de dentelle = 80 livres
* une toilette de mousseline rayée avec le dessus et le peignoir de dentelle à bride = 80 livres
* toilette de point d’Angleterre, tablier et peignoir = 120 livres
* bonnets piqués, chaussons, garnitures de corselets, peignoirs = 120 livres
* un habit complet consistant en un manteau et une jupe de brocart d’or et d’argent, le manteau doublé de taffetas rouge et la jupe de damas = 800 livres
* croix d’or garnie de diamants = 700 livres
* montre à répétition = 200 livres
Sachant que les chiffres des inventaires sont toujours sous-estimés…
Notons en 1740, la toilette de noces de Mme de Viermes, châtelaine de la Vaupalière : « Mme de Viermes fut à la comédie ornée de tous ses joyaux : des girandoles magnifiques, une aigrette, un collier de velours noir avec une rose de diamants, des bracelets de même. Sa robe de velours ciselé de fleurs naturelles d’où sortaient des fleurs d’or et d’argent était superbe et valait plus de 2000 livres. »
Imaginons un instant notre brodeuse qui gagne 20 sols par jour, qui vit seule et qui aimerait se procurer une paire de bas de soie. Elle devrait débourser à peu près 10 livres. Une livre valant 20 sols, elle devrait, durant 10 jours, ne pas manger et ne pas payer son loyer...
On comprend dès lors que le métier de femme de chambre est recherché : elles sont logées, vêtues et nourries, parfois chauffées (rarement).