Je me trouve présentement en Touraine, dans mes terres. Je n’y vois qu’une misère effroyable. Ce n’est plus le sentiment triste de la misère, c’est le désespoir qui possède les pauvres habitants. Ils ne souhaitent que la mort et évitent de peupler. Quand donc finiront de tels maux ? Nos ministres sont bien peu capables d’y faire songer notre roi si bon mais si mal servi !
Le zèle des beaux chemins a pris le ministère et les intendants de province. Ceux-ci n’ont plus trouvé que cette carrière d’autorité et d’utilité à courir ; ils s’y sont jetés à corps perdu. C’est une nouvelle taille dont les peuples sont écrasés. On compte que, par an, le quart des journées et des journaliers va aux corvées, où il faut qu’ils se nourrissent, et de quoi ? Leurs chevaux, bestiaux, mulets y sont aussi employés forcément, et sans aucun égard.
La taille vient d’être assise comme furtivement, et sans qu’on ait su s’il y avait quelque diminution. Notre intendant a voulu y punir la négligence à ce malheureux travail, ou y récompenser la diligence.
J’ai une paroisse à qui la grêle avait tout enlevé. L’intendant a répondu aux députés qu’ils seraient traités à la taille come ils méritaient, qu’ils n’étaient que des paresseux. Il a demandé au curé de quoi il se mêlait. Il a ôté six cents livres de taille à une paroisse riche parce qu’elle avait été bien à la corvée. Cet intendant, Savalette, s’est mis dans le goût de la brutalité et des discours injurieux.
Depuis dix ans, nos paroisses sont diminuées d’un cinquième de feux et d’habitants, et tout va encore en diminuant chaque année. Tout tombe en ruine. À Maillé, il y avait il y a dix ans trois cents communiants, il n’y en a plus que deux cent cinquante et les impositions ont augmenté depuis cela. La grosse taille monte à mille livres ; capitation et menue taille : mille deux cents livres ; frais et contrainte : mille deux cents livres ; aides, contrôles, corvées : six cents livres ; sans parler des rentes que les habitants paient à leurs seigneurs, argent qui va à Paris chaque année, ce qui va à plus de mille livres...
Que l’on considère que l’argent sort chaque année des provinces, et qu’il ne peut jamais y rentrer par aucuns moyens. Ainsi, les provinces vont en s’arriérant, et vont à rien. Tous les domaines, dit-on, sont abandonnés. Je ne parle pas encore du vingtième, conservé pour toujours, et qui va ruinant la pauvre noblesse provinciale.