* Le rejet du despotisme et de l’Église qui imposent des préjugés aux peuples pour mieux les soumettre à leur pouvoir.
Les philosophes sont favorables à une monarchie éclairée, constitutionnelle et portent un regard bienveillant sur les autres monarchies : Voltaire écrit ses Lettres anglaises dites encore Lettres philosophiques après son exil en Angleterre ; il séjourne également en Prusse en 1750, Diderot à la cour de Russie en 1773. Montesquieu prend pour modèle la monarchie anglaise. On parle des « despotes éclairés » (Catherine II, Frédéric II, Joseph II).
Le peuple est jugé trop ignorant pour participer au pouvoir. Seul Rousseau développe l’idée de la souveraineté populaire (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité). Ils combattent en faveur de la tolérance et pour la liberté de culte en matière de religion sauf peut-être Rousseau avec sa Lettre à Voltaire sur la Providence.
On se dirige vers une religion « raisonnable », c’est à dire purifiée de tout fanatisme et vers une morale de plus en plus laïque : on se met à penser que le goût de l’honneur peut aussi bien que l’amour de Dieu guider les actions des hommes vers le Bien. Certains, comme d’Holbach, vont jusqu’à l’athéisme mais la plupart des « philosophes » restent croyants tout en dénonçant le fanatisme religieux : on peut citer à cet égard le fameux texte de Fontenelle « La dent d’or ». À la religion, on reproche son intolérance, ses superstitions, ses abus commis par un clergé plus soucieux de richesse que de valeurs morales.
Il faut insister sur Voltaire et son Poème sur le désastre de Lisbonne (1763), inspiré par le tremblement de terre meurtrier, où il rejette la Divine Providence : comment concilier en effet bonté divine et existence du mal ? Les réponses des théologiens (c’est la punition des péchés), des matérialistes (c’est ainsi, la nature aide à la propagation de l’espèce sans s’occuper de l’individu) et des philosophes de l’optimisme (le mal dans sa particularité n’empêche pas la bienveillance générale du Créateur et « tout est bien dans le meilleur des mondes », selon la formule de Pangloss raillée par l’auteur de Candide) ne lui donnent pas satisfaction.
* La confiance en la raison humaine
Progrès scientifiques et techniques, relativité des civilisations, excès de l’absolutisme de Louis XIV conduisent les intellectuels à pratiquer systématiquement l’esprit d’examen et à contester les fondements de la société. Les philosophes cherchent à développer par tous les moyens l’esprit critique de leurs contemporains : contes philosophiques de Voltaire ou articles de l’Encyclopédie où le lecteur doit savoir déchiffrer les idées subversives que cachent certains articles apparemment anodins (système de renvois). Ils condamnent la censure et affirment le droit la liberté d’expression, facteur de progrès social.
Retenons ici cette phrase du Discours sur les sciences et les arts de Rousseau, qui résume bien l'esprit philosophique du siècle des Lumières : « C'est un grand et beau spectacle de voir l'homme sorti en quelque manière du néant par ses propres efforts, dissiper, par les lumières de sa raison, les ténèbres dans lesquelles la nature l'avait enveloppé. » En effet, « l'astronomie est née de la superstition [l'astrologie] ; l'éloquence, de l'ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie de l'avarice ; la physique, d'une vaine curiosité ; toutes, et la morale même, de l'orgueil humain. Les sciences et les arts doivent leur naissance à nos vices. »
* La foi dans le progrès de l’humanité
Les philosophes des Lumières croient en effet au progrès : l’homme, pensent-ils, a son avenir entre ses mains (Voltaire, Candide, « Il faut cultiver son jardin. »). L’amélioration de la condition humaine dépend donc de la diffusion des idées philosophiques dans la société et du développement d’une économie libérale à visage humain (refus de l’esclavage). La Théodicée de Leibniz, philosophie optimiste, est caricaturée dans Candide (Voltaire).
* Le droit au bonheur
Les philosophes reconnaissent à l’être humain le droit à un bonheur immédiat, conforme à la nature, qui est un épanouissement à la fois individuel et collectif. Ils réhabilitent le plaisir. Leurs idées vont donc à l’encontre de la religion chrétienne qui voit dans la vie terrestre une preuve et une purification par la souffrance. Mme du Châtelet, amie de Voltaire, écrit également un Discours sur le bonheur. Il faut citer aussi Condillac et La Mettrie (bonheur des sensations immédiates).
* Le thème de la liberté est omniprésent : le développement de la liberté économique qui se manifeste par la montée de la bourgeoisie et l’enrichissement des négociants (la carrière d’homme d’affaires de Beaumarchais) ainsi que la recherche d’une plus grande liberté politique entraînent dans leur sillage la liberté de pensée et de dire malgré la censure, les autodafés et les mesures d’exil. L’expression rencontre en effet maints obstacles : écrire est un combat et les auteurs risquent leur liberté. Ce mouvement libertaire gagne également les mœurs et la littérature dite libertine.
* On note une attirance très forte pour la science : ainsi, Montesquieu est considéré comme le fondateur de la sociologie. Son oeuvre est très variée ; il écrit d’abord des traités sur, par exemple, l’écho, puis un texte satirique, et son oeuvre majeure en 1748, L’Esprit des lois. Autre personnalité scientifique importante, Buffon ouvre les portes de la biologie avec ses trente-six volumes de L’Histoire naturelle.
Dans ce laboratoire d’idées nouvelles, les débats sont vifs : déisme ou athéisme ? Contrat social qui associe le peuple au pouvoir (Rousseau) ? Despotisme éclairé (Voltaire) ? Nature bonne et civilisation dépravée (Rousseau) ou bien glorification du confort et de la prospérité (Voltaire) ?
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