Dans ses Mémoires secrets, Bachaumont écrit à la date du 20 novembre 1773 :
« On ne peut décrire la beauté du coup d’œil du banquet royal. L’Olympe, tel qu’on nous le dépeint dans le jour le plus brillant, peut seul en donner une idée. Le sieur Arnoux, machiniste plein d’imagination, a inventé un surtout d’une mécanique admirable. Le milieu en était une rivière qui a coulé pendant tout le repas avec une abondance intarissable ; son cours était orné de petits bateaux et autres décorations du mouvement d'une rivière, et les bords représentaient tout ce qui peut les rendre agréables. Le jeu des diamants, dont on ne peut calculer la richesse, faisait croire qu’on était dans un palais de fées. On sait qu’à ce banquet la seule famille royale et les princes du sang sont admis. Le roi était au milieu. En face de sa majesté, au rang des spectateurs, se remarquait Mad. La comtesse Du Barry, radieuse comme le soleil, et ayant à elle seule pour cinq millions de pierreries sur sa personne. Pendant tout le repas, elle n’était en contemplation que de Sa Majesté, et le Roi ramenait sans cesse sur elle des yeux de complaisance, et lui faisait des mines très remarquables. On a cru que Sa Majesté était bien aise de démentir ainsi publiquement les bruits de défaveur qu’on faisait courir sur le compte de cette dame, dont la reconnaissance et le profond respect n’éclataient pas moins sensiblement. »
Ces repas au grand couvert constituent un scandaleux gaspillage.

Sous Louis XIV, le « grand couvert » est servi dans une antichambre qui précède l'Œil-de-bœuf ; la table carrée - ainsi que l'exige l'étiquette - est petite et couverte d'argenterie ; le roi et la reine seuls y prennent place, dans de grands fauteuils de brocart vert face à face. Auprès d'eux, les duchesses s'assoient sur des tabourets alignés et, derrière elles, debout, la foule des courtisans à laquelle se mêle qui veut : il suffit, pour assister à cette cérémonie d'avoir un chapeau à tenir sous le bras, un habit décent et une épée qu'on loue chez le concierge du château.
On commence par apporter les « cadenas » dorés qui renferment le sel, le poivre, les couverts et la serviette ; les carafes sont posées sur les dressoirs.
Escortés d'officiers des gardes du corps, les plats arrivent quasiment froids, le trajet depuis les cuisines du Grand Commun étant fort long.
Le menu peut comporter plus de cinquante plats : quatre potages, deux grandes entrées dont une pièce de bœuf aux choux et une longe de veau à la broche. Viennent ensuite seize petites entrées, dont les abattis de dindon au consommé, les ris de veau en papillote, le cochon de lait à la broche, les côtelettes de mouton grillées, la tête de veau sauce pointue... Puis voici les quatre hors-d’œuvre : carré de veau, filets de lapereau, dindonneau froid et jarret de veau. Suivent six plats de rôt, deux entremets moyens et seize petits entremets de légumes, d'œufs et de laitage ; enfin le dessert, fruits, raisins, grenades, poires, bigarrades. Et, pour finir, quatre cents marrons et quarante-huit pains de beurre... (Menu cité par Lenotre, Versailles au temps des rois).
Scandaleux gaspillage qui va alimenter heureusement le « Serdeau », vaste marché de victuailles où l'on vend la desserte du château au grand profit des officiers de la Bouche.