Le plus grand fléau est la variole ou « petite vérole ». On l'appelle aussi « la petite sœur » pour la distinguer de la « grande », c'est-à-dire la syphilis (voir infra).
Le malade subit la maladie dans une chambre tendue d’une étoffe rouge, couleur réputée atténuer les démangeaisons. Après la variole on désinfecte toute la maison avec un mélange de chaux et d’encens.
Comme toujours, on utilise des émétique (vomitifs) et des vésicatoires (emplâtres) et, bien entendu, on saigne et purge à qui mieux mieux.
Les médecins proposent des pharmacopées fantaisistes : cataplasmes de mie de pain imprégnée de lait sur les yeux tuméfiés, gargarismes acidulés contre l‘inflammation de la gorge, lait d’ânesse contre la toux et ses complications pulmonaires, badigeon des pustules à la teinture d’iode, quinquina et esprit de vitriol.
Il existe deux traitements possibles : la méthode dite « échauffante » à base de cordiaux, de vin, d'eau-de-vie et de viandes et la méthode dite « rafraîchissante » avec exposition à l’air frais, immersion dans l’eau froide, tisanes froides (infusion de menthe), petit-lait clarifié et eau de gruau.
La petite vérole tue un dixième de la population : c'est le premier facteur de mortalité. Elle est « discrète », « maligne », « confluente » ou « mixte ». Louis XV, par exemple présente une vérole maligne sur le corps et confluente au visage. La discrète tue 7% à 10 % de ses victimes, la maligne 20 % et la confluente la moitié. La discrète reste douloureuse et laisse des cicatrices qui défigurent les hommes comme les femmes, conséquence redoutable dans un monde régenté par la nécessité de paraître. D'où l'utilisation excessive de pommades, rouge et cosmétiques pour dissimuler le visage grêlé. Certaines femmes se retirent même au couvent.
Il y a deux grandes épidémies au 18e siècle : on compte 14 000 décès à Paris en 1716 et 20 000 en 1723. En Europe, la variole tue le septième de ses victimes. En Orient, le quart ou le tiers. Lady Montagu, femme de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople (la Turquie s'ouvre à l'Orient en 1717), a vu l’inoculation et rapporte le système en Grande-Bretagne. En 1723, la France approuve l'inoculation avec les sommités de la Faculté, dont Chirac, Helvétius, Falconnet, Astruc et le Régent, homme des Lumières, ouvert et cultivé. Mais l'inoculation est réservée à l'élite. Dès 1756, les enfants du duc d’Orléans sont inoculés par le docteur suisse Tronchin.
La famille royale (Louis XVI, Artois et Provence) en donne l’exemple un peu plus tard (en 1774). Les trois frères la supportent bien et passent les quinze jours d’isolement à Marly. Voltaire, qui eut la petite vérole en 1723 et que la flatterie n'effraie pas, déclare : « L’Histoire n’omettra pas que le roi et le comte d’Artois, tous trois dans une grande jeunesse, apprirent aux Français en se faisant inoculer qu’il faut braver le danger pour éviter la mort. La nation fut touchée et instruite. » Il consacre la onzième de ses Lettres philosophiques titrée « Sur l’insertion de la petite vérole », à vanter les mérites de l’inoculation. L’inoculation proprement dite sera remplacée au 19e siècle par la vaccination qui utilise la vaccine de la vache, moins dangereuse.
Sources : La variole, les nobles et les princes (Pierre Darmon, Editions Complexe, 1989)
La syphilis
Il semble que le roi Charles VIII et ses troupes ramenèrent d’Italie la syphilis, nommé le « mal de Naples » en France et le « mal français » dans l’Europe du Nord.
Marc Lefrancois, dans son ouvrage Dans l’intimité des rois et des reines de France (City-Éditions 2014), rapporte : « Dans le camp des Français, il y avait une courtisane fameuse d’une excellente beauté mais qui avait un ulcère sordide à la matrice. Les hommes qui la coïtaient, grâce à l’humidité et à la gangrène, contractaient, tandis qu’ils faisaient l’amour, une affection maligne qui ulcérait leurs membres virils. Ce mal gagna d’abord un homme, puis deux, puis trois, puis cent, car elle était une femme publique et très belle ; et, comme la nature humaine est chaude au déduit, plusieurs femmes qui avaient des rapports avec ces hommes contaminés furent infectées et communiquèrent à leur tour l’infection à d’autres hommes. » (Cité par Hesnaut, Le Mal français à l’époque de l’expédition de Charles VIII en Italie, Flammarion, 1886)
L’auteur mentionne également ces vers de Voltaire :
« Quand les Français à tête folle
S’en allèrent dans l’Italie,
Ils gagnèrent à l’étourdie
Gênes, Naples et la vérole.
Puis ils furent chassés partout ;
Gênes, Naples on leur ôta :
Mis ils ne perdirent pas tout,
Car leur vérole leur resta. »
Les maladies vénériennes étaient fort répandues en raison des nombreuses prostituées. Aucune prévention ni traitement véritablement efficace. Les « redingotes anglaises » ne sont efficaces que comme moyen de contraception. On confondait blennorragies de toutes sortes et syphilis.
L’hôpital de Bicêtre était spécialisé dans ce domaine. On imagine l’entassement des malades. Seuls les riches avaient recours à un médecin.
On utilisait le mercure (pommade, pilules) et le camphre. Dans la deuxième moitié du siècle, les dragées de Keyser connurent une grande vogue. Louis XV les utilisa, dit-on...