Cette nouvelle profession de restaurateurs fut imaginée en 1765 par un certain Boulanger, dit Champ d’Oiseau. Diderot écrit à Sophie Volland qu’il s’est attablé chez lui (lettre de septembre 1767) : « Certes, l’on y est bien. Mais l’on y est aussi très chèrement traité. »
Un autre, d’un avis différent, écrit : « Outre que Boulanger vend des bouillons, on trouve aussi à manger solide chez lui. Mais comme il n’est pas traiteur, il ne peut servir de ragoûts. En place, il donne des volailles au gros sel, des œufs frais. Et cela servi sans nappe, sur de petites tables en marbre. »
D’autres restaurateurs se sont établis à l’imitation de Boulanger. Ils pratiquent eux aussi des prix élevés, comme les y incite à la fois la nouveauté de leur état et la mode qui s’y est attachée.
On peut lire : « Telle personne qui n’aurait pas osé s’asseoir à une table d’hôte chez un traiteur va sans difficulté payer le même dîner, à prix fort élevé, chez le restaurateur. »
Allons plus loin
Un arrêt, signé du Prévost de Paris et publié le 8 juin 1786, autorise les traiteurs et restaurateurs à recevoir des clients dans leurs établissements et d’y donner à manger jusqu’à onze heures du soir en hiver, minuit en été.
C’est la première fois qu’un document officiel fait mention du mot « restaurateur ».
Un certain mystère demeure donc concernant l’identité du tout premier restaurateur. L’auteur a cité Boulanger, établi rue Bailleul, qui avait écrit sur son enseigne dès 1765 « Boulanger débite des restaurants divins ». Etait-ce un nommé Chantuisseau (ou Chant-d’Oiseau) déjà établi en 1762 rue des Poulies, près de Saint-Germain l’Auxerrois ? L’auteur avance l’hypothèse qu’il s’agissait d’un seul et même personnage : Champs d’Oiseau étant le surnom du bonimenteur Boulanger, lequel ne répugnait pas à racoler le chaland passant devant sa porte.