La Physiologie du goût (1825), de Brillat-Savarin, est un régal au sens premier du terme. Né en 1755, il nous livre informations, anecdotes et recettes du 18e siècle, le tout assaisonné de considérations physiologiques ou médicales qui prêtent à sourire aujourd’hui. Ci-dessus par exemple, le frontispice du Chapitre XX, titré « De l'influence de la Diète sur le Repos, le Sommeil et les Songes. »
Il sous-titre son ouvrage Méditations de gastronomie transcendante et précise Ouvrage théorique historique et à l'ordre du jour dédié aux gastronomes parisiens par un professeur membre de plusieurs société littéraires et savantes. Sans mauvais jeu de mots, l'humilité ne l'étouffe pas !
C'est à lui que l'on doit la célèbre formule : « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. »
Un menu simple mais bien ordonné
« D’après les informations que j’ai prises auprès des habitants de plusieurs départements, vers 1740, un dîner [déjeuner] de dix personnes se composait comme suit :
1er service
- Le bouilli
- Une entrée de veau cuite dans son jus
- Un hors-d’œuvre
2e service
- Un dindon
- Un plat de légumes
- Une salade
- Une crème (quelquefois)
Dessert
- Du fromage
- Du fruit
- Un pot de confitures.
On ne changeait que trois fois d’assiettes, savoir après le potage, au second service et au dessert. On servait très rarement du café mais assez souvent du ratafia de cerises ou d’œillets, qu’on ne connaissait que depuis peu de temps. »
Les réputations gastronomiques
Certaines ville ou provinces françaises commencent à acquérir leur réputation. Brillat-Savarin en dresse une longue liste. Voici ses recommandations :
- fromages de Brie, Roquefort, Neufchâtel, du Mont-Dore
- truffes et poulardes du Périgord
- huile d’olive, thon mariné et anchois de Provence
- jambons de Bayonne
- pâtés de foie d’oie de Strasbourg, Chartres et Périgueux
- pâtés de canard d’Amiens
- pâtés de mauviettes [alouettes] de Pithiviers
- rillettes et pruneaux de Tours
- terrines de Nérac
- saucissons et marrons de Lyon
- langues fourrées de Besançon
- hures et langues de Troyes
- oies grasses d’Alençon
- galantines et pâtés d’Angoulême
- andouillettes de Châlons
- gelée de pomme de Rouen
- biscuits et pain d’épice de Reims
- moutarde, raisiné et pain d’épice de Dijon
- dragées et liqueurs de Verdun
A propos de la moutarde, Brillat-Savarin conseille aux Parisiennes de se la faire livrer par Maille, vinaigrier-distillateur ordinaire du roi et de leurs majestés les empereurs d’Autriche et de Russie, fabriquant vingt-quatre sortes de moutardes, dont celle à l’ail, aux truffes, à la ravigote, à l’estragon et aux anchois sont les plus vendues. « C’est véritablement le « Corneille » des préparations synoptiques. », écrit Brillat-Savarin dans sa Physiologie du goût.
Historique de la maison Maille ici.
Deux remarques pour sourire
« Le dindon est certainement un des plus beaux cadeaux que le nouveau monde ait fait à l’ancien. Au moyen de l’éducation des dindons, les fermiers acquittent plus facilement le prix de leurs baux ; les jeunes filles amassent souvent une dot suffisante ; et les citadins qui veulent se régaler de cette chair étrangère sont obligés de céder leurs écus en compensation. »
« Le coquillage, et spécialement les huîtres, fournissent peu de substance nutritive. On se souvient qu’autrefois un festin de quelque apparat commençait ordinairement par des huîtres, et qu’il se trouvait toujours un bon nombre de convives qui ne s’arrêtaient pas sans en avoir avalé une grosse : douze douzaines. »