À propos de son mariage avec Scarron, Mme de Maintenon dira : « J’ai mieux aimé l’épouser qu’un couvent. »
Il lui écrit ce poème :
« Le feu qui brûle dans ses yeux
N’est pas un feu facile à peindre
Les vers ne sauraient exprimer
Ni les langueurs de son visage
Ni cet air doux, modeste et sage
Qui dans le temps qu’il fait aimer
Ôte l’esprit et le courage. »
Il est vrai qu'elle est belle, le portrait ci-dessus en témoigne.
Scarron plaisante sur sa pauvreté : « Je reconnais à l’épousée 4 louis de rente, deux grands yeux fort mutins, un très beau corsage, une paire de belles mains et beaucoup d’esprit. »
Elle ecrira : « Dans ma jeunesse, quand j’étais mariée avec ce pauvre estropié, je ne connaissais ni le chagrin ni l’ennui. Les femmes m’aimaient parce que j’étais douce dans la société et que je m’occupais plus des autres que de moi. Les hommes me suivaient parce que j’avais encore les grâces de la jeunesse. Je ne voulais pas être aimée en particulier, je voulais l’être de tout le monde et faire prononcer mon nom avec admiration et respect. » Et, ailleurs : « Cet orgueil dans lequel j’ai passé ma jeunesse. Être estimée, honorée, c’était là mon idole. »
On connaît bien la chambre de la future Mme de Maintenon, à l’Hôtel de l’Impécuniosité, comme disait Scarron, « ornée d’une riche tapisserie représentant des scènes de l’Ancien Testament, égayée par une glace de Venise et une peinture à cadre de bois doré où figuraient deux visages de la Madeleine. De la cheminée sans ornements sortaient deux chenets de cuivre. Recouvert de damas jaune, un vaste lit à hauts piliers, douze chaises rigides ou pliantes, quatre fauteuils composaient l’ameublement avec un cabinet de poirier noirci, une table et des guéridons sculptés. A côté, une petite pièce tendue de brocatelle rouge à fleurs jaunes, voisinant avec la garde-robe décorée d’une riche tapisserie de Rouen. »
Du jaune et du rouge chez elle, du jaune pour Scarron… On comprend que sa couleur préférée soit devenue le bleu, dont elle décorera plus tard le domaine de Maintenon (avec du blanc) ainsi que sa chambre à Saint-Cyr.
Remarque
Le Ravissement de Saint-Paul, de Nicolas Poussin (1643), décora longtemps « l’Hôtel de l’Impécuniosité » de Scarron et son épouse, née Françoise d’Aubigné et future Mme de Maintenon. Endetté, le couple dut s’en défaire, non sans un certain déchirement.
Curieux hasard ou clin d’œil du destin, elle retrouva cette peinture à Versailles, accrochée dans le « Cabinet des Tableaux », ouvert d’ailleurs certains jours au public, tout comme le « Cabinet des Curiosités » qui donnaient alors sur la Cour de Marbre.
Mme de Maintenon, parvenue au faîte de la gloire, épilogua-t-elle sur le parcours du tableau, témoin de ses heures les plus misérables ?...