Lorsque son triomphe [elle devint la maîtresse du roi] éclata au grand jour, elle partageait encore à Saint-Germain l'appartement de Mme de Montespan. Mme de Sévigné écrivit : « Tout est soumis à son empire, toutes les femmes de chambre de sa voisine [la Montespan] sont à elles, l'une lui tend le pot de pâte, à genoux devant elle, l'autre lui apporte ses gants, l'autre l'endort, elle ne salue personne et je crois que dans son cœur elle se rit bien de cette servitude. »
À Versailles, le roi la poursuivit de ses assiduités jusque fort avant dans la vieillesse. Comme le dit crûment la princesse Palatine, qui la détestait et la traitait de « vieille ripopée », de « guenipe » ou encore de « pantocrate », « il couche avec sa vieille tous les après-midis. » Mme de Maintenon évoquait, quant à elle, les « occasions pénibles ». La Palatine l'accusait de tous les maux : « On [Mme de Maintenon évidemment !] a tellement détourné notre roi de toute grandeur qu'il n'y pense même plus. » Et ailleurs : « La pantocrate a un grand pouvoir. Toutefois, il paraît qu'elle n'est pas la femme la plus heureuse du monde car elle pleure souvent à chaudes larmes et parle à chaque instant de la mort [...]. Je crois pourtant que ce qu'elle en fait n'est que pour voir ce qu'on en dira. »
Mme de Maintenon et la mode
La voilà donc devenue dévote. Elle critiquait ainsi la nouvelle mode : « Comptez pour rien ces habillements immodestes que les femmes ont toutes à présent, cette gorge découverte, ces déshabillés dès qu'elles sont chez elles et qui les laissent presque nues, cette mollesse qui les tient couchées dans des chaises ou sur des lits tout le jour, cette recherche de plaisir dans le goût pour tout ce qu'elles prennent l'après-midi : thé, café, liqueur, vins, eaux distillées, jeux continuels qui ruinent leur famille. »
Voici comment elle voyait l'élégance pour une fille de Saint-Cyr : « Un bonnet simple et bien fait, une simple petite touffe de cheveux sans frisures vous sied beaucoup mieux que de vous voir avec un bonnet rehaussé d'épingles qui n'accompagne pas le visage et une fafée (?) de cheveux qui vous donne un air rude et sauvage. »
Et, dans une lettre à Mme des Ursins : « Je vous avoue, Madame, que les femmes de ce temps-ci me sont insupportables : leur habillement insensé et immodeste, leur tabac, leur vin, leur gourmandise, leur grossièreté, leur paresse, tout cela est si opposé à mon goût et, ce me semble, à la raison, que je ne puis le souffrir. J'aime les femmes modestes, sobres, gaies, capables de sérieux et de badinage, polies, railleuses, d'une raillerie qui enferme une louange, dont le cou sent bon et la conversation éveille. »
Notons que les vêtements de Mme Scarron sont d'une élégance de bon aloi, même à l'époque de la veuve Scarron.
Amie de Mmes de Montespan, de Motteville, de Montausier et de Montchevreuil, elle obtient d’Anne d’Autriche, en 1661, une pension de 2 000 livres. Mlle d’Aumale [1] rapporte : « Ses habits n’étaient que d’étamine du Lude, fort à la mode dans ce temps-là pour une personne de médiocre fortune. Elle n’avait que du linge uni, était fort bien chaussée, avait de fort belles jupes. Elle trouvait le moyen sur ces 2 000 livres de s’entretenir ainsi, de payer sa pension, celle de sa femme de chambre [2] et ses gages et elle ne brûlait que des bougies. Avec cela, elle avait souvent de l’argent de reste au bout de l’année. » Élégante certes, mais économe.
A l’été 1666, en compagnie de Mme de Montespan, elle va à Saint-Germain remercier Louis XIV de cette pension qu’il lui maintient, la reine-mère Anne d’Autriche venant de mourir. Voltaire fait dire au roi : « Madame, je vous ai fait attendre longtemps mais vous avez tant d’amis que j’ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous. »
En 1668, l’abbé Gobelin, son confesseur et directeur de conscience, la trouve trop bien habillée : « Je vois tomber avec vous, quand vous vous mettez à genoux, une quantité d’étoffe qui a si bonne grâce que je trouve que cela a quelque chose de trop bien. » Elle l’écoute et réduit l’ampleur de ses jupes.
Mais elle restera toujours coquette. Après la première « chute » dans les bras du roi (vraisemblablement en juillet 1679), elle demande à son frère de lui trouver des habits « de damas bleu fort et beau et des dentelles », sans doute pour être à la hauteur de sa nouvelle position…
Dans l’ensemble, elle est toujours habillée de couleurs vives et de dentelles, du moins jusqu’à son accession au rang de dame d’atour de la dauphine ; la fonction l’oblige à revêtir du noir qu’elle portera donc une petite dizaine d’années, jusqu’à la mort de la dauphine en 1690. Puis, elle s'habillera de noir à Saint-Cyr, mais un noir somptueux, brodé d’or ou d’argent (voir le tableau ci-contre).
Vers 65 ans, pour redonner un peu de gaieté à la cour et au roi, elle porte des robes bleu turquoise, violettes, parme, nacarat. En 1706, au beau milieu de la Guerre de Succession d’Espagne, elle écrit : « La bataille gagnée en Italie me détermine à mettre ma robe. Je m’habillerai de vert si on prend Barcelone et de couleur rose si l‘archiduc tombe entre nos mains. »
Lorsqu’elle se retire à Saint-Cyr, elle opère de sérieux retranchements, fait découdre les galons d’or ou d’argent de ses robes noires mais… commande à Mme de Caylus, sa nièce, des chemises dont elle se scandalise car elles sont sans dentelles.
Mme de Maintenon, ou l‘éternel paradoxe…
Sources : Mme de Maintenon, Jean-Paul Desprat, Perrin, 2003.
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