Comme nous l'avons écrit dans un autre article, les Lettres de Mme de Sévigné sont intéressantes à plus d'un titre. On peut considérer certaines d'entre elles comme un reportage sur la vie quotidienne au Grand Siècle.
Ainsi, dans une de ses lettres à Mme de Grignan, la marquise, après l'un de ses nombreux séjours, se livre à diverses considérations concernant la vie au château de Grignan.
Au 17e siècle, le château était déjà considéré comme lieu de villégiature [ce qui s’accentuera au siècle suivant], comme le rapporte Mme de Sévigné : « Vous avez une tribu à Grignan, ma chère fille, mais ils sont tous si aimables que l’on doit se réjouir avec vous de cette bonne compagnie. Mais il y a aussi les amis, les hôtes de passage. Vous avez donc, ma bonne, chez vous, présentement, toute la foire de Beaucaire ! Vous êtes ordinairement 100 à Grignan et 80 dans les grands retranchements ? Je ne m’en tiens pas non plus à vos 64 personnes sans les gardes ! »
Il est vrai que le comte de Grignan, lieutenant général de Louis XIV en Provence, entretenait une petite cour dans son château et se plaisait à recevoir les grands personnages de la cour. Le château s’y prêtait. Son ampleur avait permis d’installer une longue galerie, élément clé de prestige. À côté des pièces de réception, le château était découpé en appartements, au moins 17, véritables suites avec chambre, garde-robe, cabinet, oratoire et communication directe avec une salle. L’étendue des appartements du maître et de la maîtresse de maison avait de quoi surprendre.
Un détail : la « salle » restait le lieu majeur des sociabilités, mais le terme de salon, systématique au 18e, fit déjà son apparition au 17e pour désigner une pièce de réception avec une fonction située à mi-chemin entre la salle, trop collective et déjà démodée toujours selon Mme de Sévigné, et la chambre ou le cabinet, trop privés.