1. Morphologie
L’orthographe évolue au cours du siècle. Mais on continue à écrire « aimoit », aimeroit (le Dictionnaire de l’Académie n’adoptera la graphie moderne qu’en 1835) mais, dès le début du siècle, on prononce « aimait », « aimerait ». Cette diphtongue « oi » est en pleine évolution : si l’on dit encore « mouè » (moi), dans certains mots comme « croire », « poire » ou « roi », la prononciation ancienne n’est plus qu’une survivance propre au langage distingué ; la langue populaire adopte la prononciation « oua ».
Au début du siècle, le futur du verbe « ouïr » est encore très vivant mas il vieillit assez vite et Malherbe corrige « orra » (entendra) en « aura » : « Si ce n’est pour danser, n’orra plus de tambours. » (Prière pour le roi Henri le Grand, 1605). L’infinitif « courre » subsiste à côté de « courir », toujours chez Malherbe : « De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde / Allait courre fortune aux orages du monde » (« Les saints Innocents », Les Larmes de Saint Pierre, 1587). Cependant, le verbe commence à se spécialiser ; d’après Vaugelas, il faut dire « courre un cerf » mais « faire courir un bruit ».
2. Sémantique
De nombreux mots traduisant sentiments et émotions ont un sens un peu plus fort qu’aujourd’hui, comme charme, ennui, étonner, formidable, gêne, etc. Mais, comme les objets, les mots s’usent ; il faut donc se garder de considérer comme des litotes certaines expressions alors très vigoureuses. Sachons aussi que des termes comme joli ou galant étaient à la mode, employés à tout propos, voire hors de propos.
3. Syntaxe
* L’article
Dans de nombreuses expressions, on omet l’article défini ou partitif devant le cod., qui forme ainsi avec le verbe une sorte de locution : « sans perdre temps » (Bossuet, Sermon sur la mort, Carême du Louvre, 1662), « voir différence », « J’ai tendresse pour toi, j’ai passion pour elle » (Corneille, Nicomède, IV, 3)
On continue également à omettre l’article défini devant le superlatif relatif : « Jusqu’à la goutte plus profonde » (Théophile de Viau, « Contre l’hiver »).
* Le pronom personnel
- Le pronom il est employé dans des cas où nous disons aujourd’hui ce ou cela : « Et pourquoi, s’il est vrai, ne le dirais-je pas ? » (Molière, L’École des femmes, V, 4), « Je ne sais ce que c’est, mais je sais qu’il me charme » (Corneille, Psyché, III, 3), « Il ‘ensuit que ce qui ne frappe point les hommes n’est ni beau ni vrai, ou qu’il est mal énoncé » (Boileau, Préface de 1701 à l’Art poétique).
- Le pronom réfléchi soi peut représenter un sujet déterminé (non indéfini) : « Gnathon ne vit que pour soi » (La Bruyère, Les Caractères).
- Les mots en et y s’emploient, en parlant de personnes, à la place d’un pronom personnel précédé d’une préposition : « Il se donne à eux pour en faire - faire de lui - tout ce qu’ils veulent » (Bossuet, Sermon sur la passion, 1660), « Seigneur, nous n’avons pas si grande ressemblance / Qu’il faille de bons yeux pour y voir différence -entre nous-) » (Corneille, Nicomède, IV, 3).
Notons également l’emploi pléonastique de en : « De tous les corps ensemble, on ne saurait en faire réussir une petite pensée » (Pascal, Les Pensées). En revanche, lorsque Corneille écrit « De la compassion les chagrins innocents / M’en ont fait sentir la puissance (Psyché, III, 3), le pléonasme n’est qu’apparent : c’est une impression due à l’inversion du premier vers.
- Place du pronom personnel : le pronom complément d’un infinitif se place devant le verbe dont dépend l’infinitif : « C’est Dieu même qui te va parler » (Bossuet, Sermon sur l’Ambition, 1662). Il arrive même que cet ordre des mots entraîne l’emploi de l’auxiliaire être au lieu de l’auxiliaire avoir : « s’étant su lui-même avertir – ayant su s’avertir - » (La Fontaine, Fables, « La Mort et le Mourant »).
* Le relatif et l’interrogatif
- Le pronom qui s’emploie comme relatif pour représenter des choses après une préposition : « C’est un art de qui – dont – l’imposture... » (Molière, Dom Juan, V, 2), « Ces superbes palais à qui - auxquels – Madame... » (Bossuet, Oraison funèbre de Madame – Henriette d’Angleterre -, prononcée le 21 août 1670 à Saint-Denis.
Il s’emploie comme interrogatif neutre : « Je ne sais qui – ce qui – me tient... » (Molière, L’École des femmes, V, 4).
- Inversement, le pronom neutre ce que peut représenter des personnes : « Pour réunir bientôt ce que j’ai séparé » (Corneille, Rodogune, V, 1).
- L’adverbe relatif où peut remplacer un relatif précédé d’une préposition tandis qu’aujourd’hui, il marque nécessairement le lieu : « Quel est le cœur où – auquel – prétendent mes vœux ? » (Racine, Phèdre, IV, 6).
* La préposition et l’adverbe
- La préposition à continue à avoir des emplois qu’elle perdra par la suite : « Laisse-toi conduire à – par – mes règles » (Pascal, Les Pensées), « Qu’un frère, pour régner, se baigne au – dans le – sang d’un frère » (Corneille, Suréna, V, 3), « Et des couvreurs, grimpés au – sur le – toit d’une maison... » (Boileau, « Les Embarras de Paris », Satires VI), « allait courre fortune aux – parmi les - orages du monde » (Malherbe, Les Larmes de Saint-Pierre, op. cit.).
- De signifie parfois avec : « Et, de quelque rigueur que le destin me traite » (Corneille, Rodogune, V, 1).
- Jusque vers 1650, on emploie couramment dedans, dessous comme prépositions : « ... la faible innocence / Que dedans la misère on faisait envieillir » (Malherbe, Prière pour le roi Henri le Grand, op.cit.). C’est Vaugelas qui fixera l’usage actuel.
- Dans certaines expressions, comme est employé au lieu de que, pour marquer la comparaison : « ... Aussitôt confondus comme délibérés » (Malherbe, op.cit.), « Tendresse dangereuse autant comme importune » (Corneille, Rodogune, V, 1).
* La négation
- On conserve la négation pas avec ni... ni... : « N’attendez pas, dit-elle, ni vérité ni consolation » (Pascal, Les Pensées, 430).
- La négation ne peut être omise dans l’interrogation négative : « Voudrais-tu point encore... ? » (Racine, Bajazet, V, 4).
* La syntaxe d’accord
- Le participe présent est décrété invariable par l’Académie en 1679. Jusque-là, on le trouvait parfois au féminin (contre l’avis de Malherbe) et surtout il prenait un s au masculin pluriel : « les petits souverains se rapportants aux rois » (La Fontaine, Fables, « Le Chat, la Belette et le Petit Lapin », VII, 16).
- Accord par proximité : le verbe et l’attribut peuvent ne s’accorder qu’avec le sujet le plus rapproché : « Ce mot et ce regard désarme ma colère » (Molière, L’École des Femmes, V, 4), « ... par quoi sont nos destins et nos mœurs différentes » (La Fontaine, Fables, « Le Songe d’un Habitant du Mogol »). C’est un souvenir du latin.
* Les latinismes
Deux autres latinismes sont fréquents dans la langue du 17e siècle :
- L‘indicatif au lieu du conditionnel pour les verbes pouvoir, devoir, etc. : « Je devais - j’aurais dû -, de dis-tu... » (La Fontaine, Fables, « La Mort et le Mourant, VIII, 1, op. cit.), « Si le sort ne m’eût donnée à vous, / Mon bonheur dépendait – aurait dépendu – de l’avoir pour époux » (Racine, Mithridate, III, 5).
- Des expressions comme « Mon voyage dépeint / Vous sera d’un plaisir extrême » (La Fontaine, Fables, « Les deux Pigeons », IX, 2), « Rocroi délivré, la régence affermie... » (Bossuet, Oraison funèbre du Prince de Condé) correspondent à la tournure latine « Sicilia Sardiniaque amissae », la Sicile et la Sardaigne perdues = la perte de la Sicile, etc.
* La phrase
Certaines constructions en usage au 17e siècle ne sont plus possibles aujourd’hui :
- Syntaxe très libre du participe : « Et, pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre... » (La Fontaine). Pleurés ne se rapporte pas au sujet de la proposition, mais aux jouvenceaux, représentés par leur. « ...et ne pouvant pas (comme il ne peut pas) y avoir de grande différence entre de la boue et de la boue... » (Bossuet)
- Construction dissymétrique : « Le valeureux comte de Fontaines qu’on voyait porté dans sa chaise, et... montrer que... » (Bossuet).
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