Deux constats s'imposent : recherche du confort et multiplication de petits meubles. On libère en effet le décor et le mobilier de la solennité et de l’aspect imposant qu’ils avaient au 17e siècle. La ligne droite est bannie, la courbe triomphe, le goût de l’intimité et du confort dominent, la légèreté et la fantaisie sont de règle.
Meissonnier, architecte et décorateur de la Chambre du Roi en 1726, impose le goût « rocaille » que Pineau porte à la perfection : les coquilles perdent leur symétrie, les guirlandes de fleurs répandues à profusion cassent les lignes droites et les effets pittoresques souvent inspirés de la nature et de l’Orient, se multiplient.
Pourtant, la mesure et l’équilibre sont toujours respectés. Jamais le rocaille français ne connaît les excès du rococo des principautés allemandes ou des États italiens.
Une réaction se manifeste vers la fin du siècle avec l’imitation de l’Antiquité et on bannit les lignes courbes et les ornements de fantaisie. Cochin et Soufflot avaient accompagné en Italie le frère de Mme de Pompadour, futur marquis de Marigny et directeur des Bâtiments du roi. Le néo-classicisme marquera la fin du 18e siècle et le début du 19e.
Les sièges

Les sièges du 17e siècle avec leurs hauts dossiers un peu raides disparaissent au profit de fauteuils, bergères au dossier incliné (ci-dessus), canapés ou sofas à deux ou trois places souvent placés devant un trumeau de glace, chaises longues et autres duchesses brisées. Une duchesse brisée n'est rien d'autre qu'une chaise longue (ou duchesse) avec un tabouret amovible pour les jambes.
Les sièges « à la reine » (fauteuils ou chaises) sont dits « meublants ». Ils sont disposés le long du mur et leur rôle est essentiellement décoratif.
Les sièges peuvent être disposés dans une antichambre destinée aux repas, de plus en plus souvent désignée sous le nom de salle à manger. Dans ce cas, ils sont cannés selon une mode venue des Pays-Bas et d'Angleterre, moins coûteux et moins salissants.
Les sièges « en cabriolet », à la différence des sièges « meublants », peuvent être aisément déplacés selon les besoins du moment. On les nomme sièges « courants ». Disposés au centre d’une pièce, ils sont rapprochés pour converser agréablement. Ils doivent pouvoir être vus de tous côtés, d’où la décoration de leur dos, qui rappelle le décor en relief de la face.
Les tabourets et pliants (on disait alors « ployants »), dont l'usage est directement lié à l'étiquette (seules les duchesses avaient droit au pliant pour s'asseoir devant la famille royale) jouent un rôle moins important qu'au siècle précédent.
Les sièges sont garnis du même tissu que celui des rideaux, portières et panneaux des murs. L'ensemble constitue ce que l'on appelle « le meuble ».
Dans les demeures importantes, on distingue « le meuble d'hiver » aux riches garnitures (damas, brocart, velours, tapisserie) et « le meuble d'été » aux soieries plus légères ou aux toiles peintes ou imprimées. Les sièges à châssis mobile facilitent le changement de garniture au passage des saisons.
Dans les chambres, le « meuble » comprend aussi le lit.
Les lits

Ils sont entièrement revêtus de tissu ou de broderies, sans bois apparent. On distingue :
* le lit à colonnes ou lit à la française, le plus répandu, surmonté d'un ciel de lit (ou dais), de même taille que la couche et supporté par quatre colonnes ou « quenouilles ». Des rideaux (ou « courtines ») permettent de s'abriter du froid.
* le lit à la duchesse, placé perpendiculairement au mur, au centre du panneau qui fait face à la fenêtre, est surmonté d'un dais suspendu.
* plus tard vient le lit à la polonaise, dont on place le long côté contre le mur.
Les tables
Elles se diversifient : tables pour les repas (qui restent longtemps simples plateaux posés sur des tréteaux mobiles avant l’apparition de la salle à manger), tables de nuit, tables de chevet, tables « d’en-cas », tables chiffonnières à un ou plusieurs tiroirs, tables à café ou « cabarets » avec un plateau de marbre ou de porcelaine (auquel on peut assortir tasses et verseuses), tables de toilette ou toilettes (on ne dit pas encore coiffeuses), tables à jouer, tables à lire, tables à ouvrage, tables à écrire.
Le « bureau plat » est plus vaste et muni de tiroirs ; il est souvent accompagné d’un meuble annexe qui se place sur un petit côté, le « serre papiers » ou « cartonnier » où l’on peut ranger les papiers ; on peut aussi poser sur le plateau un gradin à tiroirs. Les « bonheurs-du-jour », de dimensions réduites, sont destinés à l’usage féminin. On trouve aussi des secrétaires « en pente » (de nos jours « en dos d’âne »), des secrétaires « à la Bourgogne » ou « à capucin » (bureau à transformation mécanique avec nombreux casiers à secrets) et des bureaux à cylindre.

La table de toilette (ci-dessus) est composé d’un bâti de bois rectangulaire recouvert d’une « jupe » de tissu plus ou moins précieux (d’où l’adjectif « juponné »), garni de mousseline ou de dentelle. On y dispose les objets de toilette : miroir sur pied, brosses, boîtes, flacons, brosses, pots à fard, bref le « nécessaire de toilette » que reçoit une jeune femme au moment de son mariage. Ces objets peuvent être en vermeil, en argent ou en toile peinte, comme ceux que montre L’Enseigne de Gersaint dans sa partie droite.
Les commodes
Comme leur nom l'indique, leur aspect pratique n'échappe ni aux créateurs ni aux utilisateurs. Après la commode « à la régence » et « en tombeau », on trouve la « commode à vantaux (les tiroirs sont dissimulés derrière deux portes), le « bas d’armoire » (plus haut), les encoignures pour occuper les angles de la pièce, les chiffonniers (commode étroite et haute aux nombreux tiroirs) et les « semainiers » (sept tiroirs).
On acquiert ces meubles chez le marchand-mercier comme le fameux Gersaint.
Sources : Le Mobilier français - Régence, Louis XV, C.-P. Wiegandt, Editions Massin, 2005
Remarques
Après Boulle, qui incarne l’art du meuble sous Louis XIV, arrive Cressent, gratifié par le duc d’Orléans du titre de premier ébéniste de sa maison. Avec lui, commence l’art du meuble léger, souvent portatif, destiné aux « petits appartements ».

Pour égayer le mobilier surtout à l’époque de Mme de Pompadour, on emploie le bois de rose, de violette ou d’amarante, dont les couleurs sont avivées par des teintures ; les bois brulés, mêlés à la marqueterie, accusent les ombres. On utilise également du lapis-lazuli, de l’aventurine pailletée d’or, de la malachite. On en arrive à recouvrir les meubles de laque. On exécute des moulures avec des pâtes, du carton-pâte, du papier mâché. On prodigue pastorales, bergeries, guirlandes, carquois et l’arc de Cupidon.
Les chambres sont semées de petits bureaux, petits guéridons, petite tables pour les petits soupers : intimité et confort. On aime aussi les encoignures, les secrétaires aux tiroirs multiples actionnés par des ressorts secrets, les chiffonniers, vide-poches et étagères qui créent une atmosphère mystérieuse propice aux conspirations en tous genres.