Après avoir donné son ouvrage majeur, La Crise de la conscience européenne (1935), Paul Hazard analyse ici le développement des échanges littéraires.
« Les particuliers correspondaient, donnaient des nouvelles moins de leur vie privée, de leurs intérêts, de leurs amours, que du mouvement des esprits : tel livre vient de paraître, telle tragédie vient d’être sifflée. Les sociétés savantes correspondaient. Des écrivains à gages avaient pour métier de donner aux princes d’Allemagne la primeur des produits de Paris. Les journaux, autrefois le répertoire des richesses indigènes [françaises], étaient envahis par le compte-rendu des livres d’outre-mont, d’outre-mer ; d’autres se fondaient tout exprès pour actives les échanges, Bibliothèque anglaise, Bibliothèque germanique, Journal des nouveautés littéraires d’Italie, Journal étranger ; d’autres encore invoquaient jusque dans leur titre leur caractère européen : L’Europe savante, Histoire littéraire de l’Europe, Bibliothèque raisonnée des savants de l’Europe, etc. En les lisant, comme dit un journal italien, « les hommes qui jadis étaient Romains, Florentins, Génois ou Lombards, devenaient tous plus ou moins Européens. »
Sources : Paul Hazard, La Pensée européenne au XVIIIe siècle de Montesquieu à Lessing, Fayard, 1963.