Les grandes courtisanes donnent l'exemple avec les bains, salles de bains et boudoirs.
Au 18e siècle, l'analyse des plans de nombreux châteaux révèle une multiplication de petites pièces correspondant à une préservation de l'intimité, à une « privatisation » des soins à donner au corps. Effectivement, au hasard des inventaires, on voit apparaître des cuvettes, des pots à eau, des fontaines qui traduisent un nouveau rapport à l'eau.
N'oublions pas cependant qu'en réalité, même à la Renaissance, l'art du bain a toujours été pratiqué par quelques membres de la famille royale et de la très haute aristocratie, soucieux d'imiter le modèle romain, en particulier les célèbres bains de Scipion décrits par Sénèque. L'appartement des bains prévu à Fontainebleau en 1528 a lancé une mode. Le château d'Anet (qui appartenait à Diane de Poitiers), si moderne à bien des égards, ne possédait pas d'étuve mais une « baignerie », bassin localisé au bout du jardin dans les douves et accessible depuis les marches pratiquées dans la grande salle de bal.
Ménager des espaces retirés à l'intérieur du château pour ces « commodités » est véritablement l'une des préoccupations majeures de tous ceux qui font construire ou rénover leur maison. On abandonne les lieux retirés, les recoins dérobés pour des endroits où la propreté rejoint l'esthétisme du décor.
Jean-François de Bastide, romancier libertin, décrit ainsi une salle de bain : « Cette nouvelle pièce est un appartement de bains. Le marbre, les porcelaines, les mousselines, rien n'y a été épargné ; les lambris sont chargés d'arabesques exécutées par Perot sur les dessins de Gilot, et contenues dans des compartiments distribués avec beaucoup de goût. Des plantes maritimes montées en bronze par Cafieri, des pagodes, des cristaux et des coquillages, entremêlés avec intelligence, décorent cette salle, dans laquelle sont placées deux niches, dont l'une est occupée par une baignoire, l'autre par un lit de mousseline des Indes brodée et ornée de glands en chaînettes. À côté est un cabinet de toilette dont les lambris ont été peints par Huet, qui y a représenté des fruits, des fleurs et des oiseaux étrangers, entremêlés de guirlandes et de médaillons dans lesquels Boucher a peint en camayeux (sic) de petits sujets galants, ainsi que dans les dessus de portes. »
Dans ce contexte, le boudoir connaissait une vogue irrésistible parmi les milieux les plus fortunés et l'étymologie du terme, le lieu où l'on boude, en dit long quant à ses potentialités stratégiques en matière politique ou sexuelles. Apparu - le terme - pour la première fois en 1727, avec le Manuel des boudoirs ou Essais historiques sur les demoiselles d'Athènes de Mercier de Compiègne, il ne cessa de connaître du succès chez les femmes comme chez les hommes puisque le marquis de Marigny, frère de Mme de Pompadour, nous apprend que son boudoir devait être « fort petit et fort chaud » et décoré uniquement de nus.
Continuons notre lecture galante : « Elle entra dans la pièce suivante, et elle trouva un autre écueil. Cette pièce est un boudoir, lieu qu'il est inutile de nommer à celle qui y entre, car l'esprit et le cœur y devinent de concert. Toutes les murailles en sont revêtues de glaces, et les joints de celles-ci marqués par des troncs d'arbres artificiels mais sculptés, massés et feuillés avec un art admirable. Ces arbres sont disposés de manière à ce qu'ils semblent former un quinconce ; ils sont jonchés de fleurs et chargés de girandoles dont les bougies procurent une lumière graduée dans les glaces, par le soin qu'on a pris, dans le fond de la pièce, d'étendre des gazes plus ou moins serrées sur ces corps transparents, magie qui s'accorde si bien avec l'effet de l'optique que l'on croit être dans un bosquet naturel éclairé par le secours de l'art. Enfin la menuiserie et la sculpture en sont peintes d'une couleur assortie aux différents objets qu'elles représentent, et cette couleur a encore été appliquée par Dandrillon, de manière qu'elle exhale la violette, le jasmin et la rose. Toute cette décoration est posée sur une cloison qui a peu d'épaisseur, et autour de laquelle règne un corridor assez spacieux, dans lequel le marquis avait placé des musiciens. » Et le romancier de conclure : « Mélie était ravie en extase » car dans ce type de décor où le luxe rejoint la luxure, un boudoir ou une salle de bains devenaient de véritables acteurs de l'intrigue.
Il faut cependant se souvenir que même à Paris, en 1750, sur 73 hôtels particuliers, 5 seulement avaient un cabinet de bains et, sur 66 construits entre 1775 et 1800, à peine 20 en possédaient un. Les espaces réservés à la toilette n'apparaissent que très progressivement et on y installe les baignoires, mais aussi les bidets, « l'ami intime », voire le « confident » de ces dames. Composé d'un châssis de bois, d'une cuvette en étain ou en faïence, le bidet traduit une préoccupation, nouvelle qui s'est assez largement diffusée.
La création du bidet remonte à l'an 1739. C'est du moins la première fois que l'on lit ce terme sur la carte professionnelle d'un ébéniste parisien demeurant rue aux Ours, spécialisé dans le mobilier de garde-robe, un certain maître Rémy Pèverie.
Certains bidets sont de petits chefs-d’œuvre, assemblés en bois précieux, vernis, garnis de diverses toiles, soies ou velours brochés, de cuir, de clous dorés. Quelques-uns possèdent même un dossier. Les cuvettes sont en faïence ou en porcelaine, mais il s'en trouve en argent ou en or. Pour le voyage, on en trouve en métal, avec les pieds qui se dévissent.
Dans Thérèse philosophe, un texte du marquis d'Argens, publié en 1748, on découvre Thérèse, jeune provinciale ignorante, initiée par Mme Bois-Laurier à la toilette intime.
Sources : Châteaux et vie quotidienne de la noblesse, Michel Figeac, Armand Colin, 2006.